Lot n° 343
Estimation :
3500 - 4000
EUR
Île de la RÉUNION. J.P. NOËL. Manuscrit autographe signé, Vo - Lot 343
Île de la RÉUNION. J.P. NOËL. Manuscrit autographe signé, Voyage sur mer de Toulon à l'Île Bourbon sur la Frégatte Andromède, Bourbon, 1845-1847 ; cahier petit in-fol. (29 x 20,3 cm) de [1]-42 pages, sous chemise et étui demi-maroquin rouge (les pp. 7-8 manquent, déchirures aux pp. 9-10, feuillets froissés à un angle, taches d'encre sur le 1er feuillet).
Relation d'un voyage à l'île Bourbon (la Réunion).
Le manuscrit, d'une écriture dense, mais lisible, couvre la période du 25 février 1843 (préparatifs du départ à Toulon) jusqu'au 3 janvier 1847 (débarquement à Toulon). Commencé à l'île Bourbon en 1845, il a été achevé peu après le retour en France.
Au moment du départ, l'auteur était soldat à la 31e compagnie du 3e régiment d'Infanterie de marine. Après avoir embarqué plusieurs détachements (30e et 31e compagnies, 6e Grenadiers), l'Andromède quitte Toulon le 12 mars 1843. Puis la frégate essuie une forte tempête et franchit avec difficulté le détroit de Gibraltar le 3 avril. Le navire longe ensuite les côtes africaines et effectue un mouillage de 10 jours dans la rade de Gorée afin de compléter son approvisionnement. Noël relate la pêche d'un espadon ainsi que l'embarcation de 15 bœufs vivants que l'on hisse par les cornes (p. 9). Le 1er mai, l'équipage célèbre la saint Philippe, puis le 5 mai a lieu la fête de la Ligne. Le 21, l'Andromède arrive à Rio de Janeiro et reste huit jours au mouillage. Pendant cette période, un soldat de la 30e compagnie, malade depuis quelque temps, meurt à bord de la frégate et est enterré en terre brésilienne (p. 12). Le 30 mai, le navire quitte Rio et double le Cap de Bonne-Espérance entre le 15 et le 25 juin. Il traverse ensuite le Banc des Aiguilles, redoutable pour ses hauts fonds sableux, puis le canal de Mozambique, dangereux également pour les navires, et arrive enfin à l'île Bourbon le 6 juillet. Le 15, les soldats débarquent et se rendent à Saint-Denis.
Noël présente alors, sous forme de tableau, l'équipage de l'Andromède ainsi que les détachements qui avaient pris place à bord (p. 14). Il donne des détails sur les conditions de débarquement des troupes, puis relate son installation au Camp de Marine, construit en 1841 par des soldats dont beaucoup ont péri, principalement à cause de la pollution de l'eau qu'ils consommaient. Nommé responsable de l'ordinaire de sa compagnie, Noël doit aller aux vivres deux fois par jour, tout en participant aux exercices qui ont lieu aussi deux fois dans la journée. Il échappe de peu au vol de l'argent de l'ordinaire, ayant pris soin de garder cette somme sur lui, mais il constate qu'on lui a volé quelques effets personnels, sa malle ayant été fouillée (p. 16). Le 26 août 1843, il passe à la 3e compagnie de Voltigeurs avec le grade de caporal. La suite du récit est consacrée à la population de l'île ; à cette occasion, l'auteur évoque l'esclavage : " Les habitans de ce pays sont en grande partie des Français, ensuite des Créoles du pays et des esclaves, c'est-à-dire des Noirs qui sont des personnes comme nous à l'exception qu'ils sont noirs et sur la quantité il y en a un grand nombre qui sont blancs mais qui sont également esclaves, et l'on fait un trafic sur ces sortes de personnages comme sur les animaux en France "... Il ajoute : " Un habitant connaissant une esclave appartenant à un autre individu l'achète, lui paye la somme convenue et lui donne ensuite la liberté, et c'est ce qui se voit très souvent car parmi la quantité des libres il y en a un grand nombre qui sont noirs de nature car ils ont été affranchis "... (pp. 17-18).
Ces observations sont complétées par deux tableaux statistiques, l'un sur la milice de Bourbon (7 556 hommes, plus la gendarmerie, l'artillerie et l'infanterie de marine, soit 9 403 militaires sur l'île), l'autre sur la population de Bourbon (36 939 libres, 65 915 esclaves, soit 10 2854 habitants au total). La suite est consacrée à l'ouragan du 21 février 1844 et à ses conséquences sur les navires au mouillage à Saint-Denis, sur l'hôpital Saint-Philippe (où étaient soignés des esclaves qui furent évacués) et sur les plantations situées dans diverses localités (pp. 19-22).
À la suite d'un ordre ministériel destiné à compléter le cadre des sous-officiers et caporaux, Noël est promu sergent en mars 1844 et affecté à la 32e compagnie en détachement à Saint-Benoît. Il est alors employé à la reconstruction d'un pont qui avait été emporté par une inondation, ainsi qu'à creuser des fossés et construire une digue. Il relate aussi une partie de chasse effectuée avec un habitant dans les environs de Saint-Benoît (pp. 24-25). Le 5 décembre, il part pour Saint-Denis afin de préparer le retour de sa compagnie au Camp de Marine qui a lieu le 7. Le 10 janvier 1845, une forte tempête provoque d'importants dégâts à Saint-Denis, détruisant même le local où il se trouv
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