Estampes anciennes et modernes
Quatre à six ventes cataloguées chaque année
La production séculaire d’estampes européennes offre un large choix d’épreuves pour tous les goûts et toutes les bourses. Les collectionneurs peuvent ainsi se laisser porter, au choix, vers la gravure au burin italienne du XVIe siècle, les lithographies romantiques ou les multiples contemporains. Les plus belles gravures de Rembrandt, en épreuves anciennes exceptionnelles et provenant de grandes collections, atteignent souvent plusieurs centaines de milliers d’euros aux enchères. Et pour l’époque moderne et contemporaine, les épreuves de grands maîtres tels Picasso, Miró, Dalí, Chagall, Matisse, Soulages sont particulièrement recherchées. Elles valent généralement quelques milliers d’euros, voire plus. Les acheteurs étrangers sont également très actifs. Les gravures et lithographies de Zao Wou-Ki ont récemment vu leurs prix exploser, atteignant des milliers d’euros, en raison de la demande chinoise. Le même phénomène se vérifie pour les estampes de Foujita, dont les prix ne cessent de croître au Japon : un de ses chats, animal révéré au pays du Soleil-Levant, peut atteindre aujourd’hui 10 000 € à 15 000 €.
Le mot de l’expert
« Le domaine de l’estampe est celui où l’amateur recherche, parmi les multiples, l’épreuve à ses yeux la plus désirable et la plus précieuse. » Témoins du processus créatif de lartiste, les « épreuves d’état » séduisent particulièrement les acheteurs. Si cet état d’avancement est un critère essentiel pour l’amateur d’estampes, l’état de conservation de la feuille et sa provenance participent également grandement de la valeur d’une œuvre. Nous avons eu notamment la chance de présenter plusieurs ensembles provenant de la collection du célèbre marchand d’estampes Henri Petiet, dont une réunion de 100 gravures de Picasso adjugée 1,55 million d’euros. Mais il reste également de nombreux trésors à exhumer. Nous faisons en effet régulièrement de nouvelles découvertes, à l’image de deux rarissimes gravures de Caspar Friedrich, maître du romantisme allemand, trouvées récemment dans une caisse de gravures anciennes anodines, et qui ont totalisé 80 640 € frais compris. »
Contacts
Elodie Delaballe
elodie.delaballe@ader-paris.fr
Mary Klein
mklein@ader-paris.fr
Sophie D'Epenoux
sophie.depenoux@ader-paris.fr
Expert
Hélène Bonafous-Murat
3, rue Favart 75002 Paris
Tél : +33 (0)1 53 40 77 10
Ventes à venir
Ventes passées
Belles adjudications
39 - Rembrandt Harmensz. van Rijn (1606-1669) Le Sacrifice d’Abraham. 1655. Eau-forte et pointe sèche. 132x155 [134x157]. Bartsch, Hollstein 35 ; Hind 283 ; New Hollstein 287. Superbe et brillante épreuve avec barbes de pointe sèche perceptibles, sur vergé (filigrane partiel: lys de Strasbourg). Deux infimes trous visibles par transparence au bord gauche. Fine bande de colle ancienne perceptible sur le pourtour au verso. Une infime amincissure visible par transparence dans l’angle supérieur gauche au verso, sous l’onglet de montage. Une autre au bord inférieur gauche du feuillet au verso. Deux petits restes d’onglets de montage au bord droit au verso. Filets de marges. Provenance: - A. P. F. Robert-Dumesnil (1778-1864), Paris (Lugt 2200). - George Baillie-Hamilton, 12e comte de Haddington (1894-1986), Tyninghame House, East Lothian, Écosse ; sa vente, Sotheby’s, London, 9 novembre 1953, lot 9 (acquis par Colnaghi). - Colnaghi, Londres (avec leur numéro de stock C. 28898 au crayon au verso). - Acquis chez Colnaghi, 2 mars 1959 (85). - Vente Christie’s «Fifty Prints by Rembrandt van Rijn, A Private English Collection», 5 juillet 2016, n° 43. «Rembrandt, désireux de rendre le miracle encore plus intense et en conformité avec l’iconographie traditionnelle, a représenté l’Ange intervenant plus concrètement que dans le récit biblique: les cheveux encore agités par le vent de sa course et les ailes toutes bruissantes, il a vigoureusement saisi les deux bras d’Abraham dans un embrassement aussi puissant que symbolique. […] La gesticulation théâtrale a fait place à l’émotion suscitée par une expérience toute spirituelle. La résignation de l’enfant à un destin qu’il ne comprend pas est déchirante et il tend le cou avec la confiance et la soumission d’un agneau. […] Le visage du vieillard, à l’écoute semble-t-il d’une voix intérieure, possède une force poignante: la douleur semble avoir à jamais marqué ses traits et noyé d’ombre ses orbites, tandis qu’il se tourne vers l’ange juvénile qu’il ne peut voir. […] Le groupe principal, d’un dessin simple et puissant, se présente avec toute la compacité d’une ronde-bosse taillée dans le même bloc de marbre.» (S. de Bussierre, et al., Rembrandt, eaux-fortes, collection Dutuit, Paris, Petit Palais, 1986, p. 257).
144 - Émile Bernard (1868-1941) Les Bretonneries. 1889. Exceptionnel ensemble de 9 pl. Zincographie. Un portefeuille in-fol. toilé à rabats d’origine, 380 x 460, contenant les sujets tirés sur vélin ivoire, enluminés à l’aquarelle par l’artiste, montés chacun sur un feuillet de vergé par plusieurs points dans les angles et portant des mentions à la plume et à l’encre sépia. Dans l’angle inférieur droit de chaque support, marque de collection non identifiée (J R ?) Les feuillets de support, comme le prouve le texte imprimé au verso, proviennent de défets de l’ouvrage édité par Vollard en 1930, L’Odyssée d’Homère, illustré de bois gravés par l’artiste (Morane 101), que ce dernier réemploie ici. « Cette suite de zincographies, technique similaire à celle de la lithographie mais dans laquelle la plaque de zinc remplace la pierre calcaire poreuse, tirée en noir, a été présentée pour la première fois au Café Volpini lors de l’exposition de peinture du groupe Impressionniste et synthétiste en mai 1889. Elle était présentée dans un carton et, nous indique le catalogue ‘visible sur demande’, comme les onze dessins lithographiques de Gauguin. » (D. Morane, Émile Bernard, catalogue raisonné de l’œuvre gravé, Musée de Pont-Aven, Bibliothèque d’Art et d’Archéologie, 2000, p. 19). On sait peu de choses sur la composition et le tirage de cet album. « Les albums provenant des collections de Filiger, de Sérusier ou de Bonger, tous vraisemblablement donnés par Bernard, diffèrent. » (D. Morane, op. cit.). « L’indication de tirage à 25 exemplaires seulement est intéressante mais paraît sans doute exagérée. En effet, en plusieurs années de recherche nous avons recensé moins d’une quinzaine d’épreuves de ces planches bretonnes. » (D. Morane, op. cit., p. 20). Notre exemplaire, dont Morane eut connaissance sans pour autant avoir pu l’examiner semble-t-il, est donc particulièrement intéressant et en tout état de cause unique. Nous reproduisons ci-dessous les mentions à la plume portées par l’artiste sur un feuillet collé sur le 2e plat du portefeuille, servant de note liminaire. Elles datent du 17 mai 1936, date à laquelle il donna cet album à une dame dont le nom est biffé sur ce feuillet, et effacé sur le feuillet de vergé portant le 1er sujet. On y découvre que pour l’artiste l’album des Bretonneries était composé de 6 planches seulement, les autres étant considérées par lui comme des sujets indépendants. Description : N.B. : l’ordre adopté est celui de la note liminaire de l’album et non celui du catalogue raisonné. Le 1er titre est celui donné par l’artiste dans cette note. Entre parenthèses nous donnons le titre du catalogue raisonné selon Morane. « L’album des Bretonneries se compose de six planches » (note liminaire). - Titre : Bretonnes et vache (Bretonneries, page de titre). 242 x 310. Morane 9. En pied du feuillet à la plume : « Emile Bernard 1889 ». En pied sur le feuillet de support : « A [nom effacé] en très cordiale sympathie et respect Emile Bernard ». Courte déchirure de 22 mm en tête au centre, pénétrant dans le sujet. - Le Linge (Bretonnes étendant le linge). 315 x 250. Morane 11. En pied du feuillet à la plume : « Emile Bernard 1889 » (repassée sur une inscription préalable, probablement au crayon). Pli souple oblique en travers du tiers gauche du feuillet. Une petite tache brune dans le drap de gauche. - Les Foins (Bretonnes faisant les foins). 320 x 251. Morane 12. En pied du feuillet à la plume : « Emile Bernard 89 ». Courte déchirure oblique de 22 mm en tête au centre, pénétrant dans le sujet. - Sur l’Aven (Le Retour du pardon). 247 x 315. Morane 10. En pied du feuillet à la plume : « Emile Bernard 89 ». - Danses (La Noce en Bretagne). 290 x 225. Morane 15. En pied du feuillet à gauche à la plume : « Emile Bernard ». Fine et courte déchirure de 10 mm et infimes accrocs en pied, à gauche des deux têtes de femmes. Morane souligne que la mention « unique épreuve » de la note liminaire, associée à ce sujet, est « étonnante ». (D. Morane, op. cit., p. 19). - Les Porcs (Bretonnes nourrissant les cochons). 312 x 255. Morane 13. En pied du feuillet à gauche à la plume : « Emile Bernard 89 ». Petit manque habilement restauré dans l’angle inférieur gauche du sujet. « Autres planches indépendantes » (note liminaire) : - Les Pommes (La Cueillette des pommes). 245 x 222. Morane 17. Épreuve sur vélin mince ivoire aux angles abattus, collée par les angles sur un feuillet de vélin lui-mêm