ÉLISABETH JOULIA (1925-2003) - Lot 68

Lot n° 68
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ÉLISABETH JOULIA (1925-2003) - Lot 68
ÉLISABETH JOULIA (1925-2003) Bouche, vers 1955 Cendrier en forme. Épreuve en grèspyrité. Signé JOULIA sous la base. Hauteur: 11cm Provenance: Galerie Philippe Chapeau, Bois-d’Arcy. Initialement formée à la fresque aux Écoles des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand et de Paris, c’est à Bourges, auprès du céramiste Jean Lerat (1913-1992) qu’Élisabeth Joulia découvre sa passion profonde pour l’argile, qui ne la quittera plus. En 1949, elle s’installe à La Borne, village du Cher au riche passé potier, connu depuis le XIIIe siècle pour sa production de grès, où sont installés Jean Lerat et son épouse Jacqueline, née Bouvet (1920-2009). Haut lieu de la céramique traditionnelle, La Borne connaît un nouvel essor dans les années 1940 grâce à l’arrivée d’une génération d’artistes qui participent à sa transformation en un foyer de création contemporaine – Joulia sera, aux côtés des Lerat, l’une des figures pionnières de ce retour à la terre. Refusant les conventions formelles et les formes héritées de la tradition, Élisabeth Joulia développe rapidement une pratique libre et instinctive, mêlant tournage, modelage au colombin et déformation. Elle s’éloigne volontairement de la symétrie et des standards esthétiques, pour laisser place à une expression plus organique et viscérale. Chaque pièce porte la trace de ses doigts : elle façonne, comprime, bouscule la matière pour en révéler la vérité; [elle n’a pas besoin d’autres outils que ses mains]. Joulia collecte d’ailleurs elle-même ses engobes dans la nature – sa principale source d’inspiration – et revendique une approche directe et sincère de la terre, sans artifice. Notre important vase, réalisé en 1958, témoigne de son intérêt précoce pour les formes de l’abstraction; une abstraction non pas radicale, mais en résonance avec la nature et le corps humain, envisagé – comme chez les Lerat – comme premier élément de mesure de notre relation au monde. Elle y travaille ainsi un vase à la forme brute, disproportionnée, qu’elle adoucit de contours ronds et organiques. La terre s’impose, habite l’espace. Déstructuré, asymétrique, sensible – il résume à lui seul son ambition plastique et son univers encore en germe. L’œuvre d’Élisabeth Joulia se caractérise par cette abstraction organique, traversée par les formes de la nature et du corps, souvent féminin. Après les séries des Châtaignes et des Éclosions, parmi lesquelles figurent les Roses, elle initiera sa série des Amandes – synthèse de sa recherche autour du vivant et de l’essence des formes. Dès 1974, ses volumes deviennent plus amples, plus sensuels, investissant l’espace avec force. Puis, à partir de 1975, elle introduit le grès blanc, qui prolonge son travail sur la lumière, les volumes, et l’épure. Sa démarche artistique sera nourrie par une quête de spiritualité, enrichie au fil de ses voyages, notamment en Égypte et au Soudan, qui l’ouvrent à d’autres rapports au sacré et à la forme. Élisabeth Joulia est aujourd’hui reconnue comme une figure incontournable de la céramique d’après-guerre. Par la puissance novatrice de ses formes et son lien intime à la matière, elle a marqué durablement sa génération et continue d’influencer les céramistes contemporains. Son œuvre, traversée par la nature, le corps et le sacré, tend incontestablement vers l’universel et l’essentiel.
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