Un important et ancien «fétiche à clous» Nkisi Nkonde (ou Nk - Lot 138

Lot n° 138
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Un important et ancien «fétiche à clous» Nkisi Nkonde (ou Nk - Lot 138
Un important et ancien «fétiche à clous» Nkisi Nkonde (ou Nkisi Nkondi). Les grandes statues appelées par les occidentaux «fétiches à clous» font de toute évidence partie des objets parmi les plus emblématiques, mythiques (voir mythologique), et terrifiant ou pour le moins inquiétant de tous les arts d’Afrique. La redécouverte d’un grand Nkisi Nkonde inédit constitue forcément une certaine émotion, un petit événement, qui mérite qu’on évoque au moins un peu leurs origines et leurs fonctions. Dans l’ancienne tradition Bakongo, dont l’ancien royaume fût découvert en 1482 par le navigateur portugais Diego Cam, et qui s’effrita jusqu’à disparaître à la fin du XIXe siècle, les statues Nkisi Nkondi sont des objets réputés puissant qui créent un pont entre le réel et l’irréel, le matériel et l’immatériel. Ils ont de multiples pouvoirs, des fonctions dans le cadre de pratiques thérapeutiques ou prophylactiques, capables d’actes annulant les effets néfastes de la sorcellerie, tenant à distance les maléfices, mais aussi comme «les chasseurs aguerris» ils peuvent «tendre des embuches aux menteurs, aux voleurs, aux adultères, à toutes sortes de personnes pouvant nuire aux structures de la société». En effet le mot Nkondi vient du verbe nkonda qui veut dire chasser, mais selon les traductions et la prononciation variant d’une région à l’autre cela peut vouloir aussi dire: alliance/accord/établir un serment. Le Nganga est le gardien qui veille sur le Nkisi Nkondi. Il a participé pleinement à sa création, et il est de fait en partie dépositaire de sa force et de ses pouvoirs. C’est entre le Nganga, qui fait donc office de guérisseur, devin, mais aussi homme de pouvoir judiciaire et politique, et ses «patients» ou ses «clients», que ces liens s’établissent, et les vœux, les prières, ou les demandes dont les clous, qui sont souvent frottés en terre et léchés avant d’être planter par le nganga lui-même, sont des témoins qui scellent cette alliance ou ce serment. La position debout, les deux mains bien posées sur les hanches et les coudes largement dégagées du corps, avec la tête droite légèrement inclinée vers l’avant, se dit pakala qui signifie dresser l’oreille et symboliserait l’attente de mambu dans des affaires sérieuse ou judiciaire, avant d’attaquer de front. Une grande majorité des Nkisi Nkonde sont sculptés asexués même si certains sont clairement féminins ou masculins (environ 5%) ou même hermaphrodite (0,8%), la grande majorité (75%) des statues Nkisi Nkondi sont clairement sculptées sans indication de leur sexe, et ne représente donc à priori pas un personnage précis, ou un ancêtre. Un sanctuaire dédié leur était réservé, mais il semble aussi qu’ils aient pu servir de gardien sur les tombeaux de personnes importantes. La présence ici de nombreux et anciens clous en fer forgés (en plus des clous d’importations d’époques coloniales), son style et son iconographie (bouche ouverte, dents taillées, langue tirée, belles oreilles bien sculptées), témoignent d’un art Bakongo d’une tradition encore bien ancienne, comme en attestent d’ailleurs aussi sa très belle patine et les reliquats de résine des anciennes charges reliquaires magiques bilongo qui ont depuis disparues. Le Nkisi Nkondi de la collection Alice et Henri Dupont vient évidemment enrichir l’inventaire d’un corpus, somme toute, assez restreint de statues parmi les plus mythiques des arts d’Afrique, et s’impose au-delà de sa taille par une très belle et réelle puissante présence. Voir: Lehuard, Fétiches à clous du Bas- Zaïre, Arnouville 1980 et Musée Dapper, «Magies», Paris 1986. Kongo (probablement Yombe), République du Congo ou Démocratique du Congo, XIXe siècle Bois, métal, clous et fer forgé, verres, résine et reliquats, cuir, miroirs (dont un refixé sans la charge), accidents visibles, fentes et érosions d’ancienneté, très belle et ancienne patine d’usage. H.: 88cm Provenance: Collection Alice et Henri Dupont, Lille, acquis c. 1960 Transmis par descendance
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