Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778)
L.A.S., Motiers 5 mai 1763, à François-Joseph de Conzié comte des Charmettes, à Allemogne; 2 pages in-4, adresse, cachet cire rouge (qqs petites répar. et lég. rouss.). Belle lettre au propriétaire des Charmettes, alors que Rousseau s?était retiré à Motiers-Travers (près de Neufchâtel) afin d?échapper aux poursuites du décret contre l?Émile lancé par l?archevêque de Paris (il ne reviendra aux Charmettes qu?en juillet 1768).{CR}Il aurait été heureux de se rendre à l?invitation du comte, «et d?habiter quelques jours la celule que vous me destinez dans vôtre maison; mais ma chetive santé, ou plustôt mon mal continuel qui demande les plus grands menagemens ne me permet de me mettre en route que dans la plus belle saison. [...] Quand pourrai-je dans vos bras oublier toutes mes misères ? Quand reverrai-je ces lieux paisibles [les Charmettes] où j?ai passé les seuls beaux jours qui m?aient été accordés ? Quand irai-je couvrir de fleurs et de larmes la tombe de cette femme incomparable [Madame de Warens] dont vous avez fermé les yeux ? Helas, cher Comte, dans ce moment même j?ai plus besoin de vos consolations que jamais». Mylord Mareschal, «mon protecteur mon ami, et le plus digne des hommes», vient de partir de Suisse, «quittant sans regret un peuple peu digne de le posseder et qui n?étoit pas fait pour sentir son prix; mais moi qui le sentois si bien, il me laisse dans l?incertitude de le revoir jamais». Il lui reste cependant encore «des plaisirs à goûter. C?est près de vous que cette idée m?entraîne»... Il ajoute en post-scriptum: «ne soyez pas surpris de me voir paroitre en masque. J?ai pris l?habit d?Armenien dans ma retraite, et je le trouve si comode que je suis déterminé à ne le jamais quitter».{CR}Lettres (2012), t. 3, p. 1417 (n° 981)
Live Thursday 21 February 2013・14:00 (Europe/Paris)
Lot no. 154

Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) L.A.S., Motiers 5 mai 1763, à François-Joseph de Conzié comte des Charmettes, à Allemogne; 2 pages in-4, adresse, cachet cire rouge (qqs petites répar. et lég. rouss.). Belle lettre au propriétaire des Charmettes, alors que Rousseau s?était retiré à Motiers-Travers (près de Neufchâtel) afin d?échapper aux poursuites du décret contre l?Émile lancé par l?archevêque de Paris (il ne reviendra aux Charmettes qu?en juillet 1768).{CR}Il aurait été heureux de se rendre à l?invitation du comte, «et d?habiter quelques jours la celule que vous me destinez dans vôtre maison; mais ma chetive santé, ou plustôt mon mal continuel qui demande les plus grands menagemens ne me permet de me mettre en route que dans la plus belle saison. [...] Quand pourrai-je dans vos bras oublier toutes mes misères ? Quand reverrai-je ces lieux paisibles [les Charmettes] où j?ai passé les seuls beaux jours qui m?aient été accordés ? Quand irai-je couvrir de fleurs et de larmes la tombe de cette femme incomparable [Madame de Warens] dont vous avez fermé les yeux ? Helas, cher Comte, dans ce moment même j?ai plus besoin de vos consolations que jamais». Mylord Mareschal, «mon protecteur mon ami, et le plus digne des hommes», vient de partir de Suisse, «quittant sans regret un peuple peu digne de le posseder et qui n?étoit pas fait pour sentir son prix; mais moi qui le sentois si bien, il me laisse dans l?incertitude de le revoir jamais». Il lui reste cependant encore «des plaisirs à goûter. C?est près de vous que cette idée m?entraîne»... Il ajoute en post-scriptum: «ne soyez pas surpris de me voir paroitre en masque. J?ai pris l?habit d?Armenien dans ma retraite, et je le trouve si comode que je suis déterminé à ne le jamais quitter».{CR}Lettres (2012), t. 3, p. 1417 (n° 981)

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Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) L.A.S., Motiers 5 mai 1763, à François-Joseph de Conzié comte des Charmettes, à Allemogne; 2 pages in-4, adresse, cachet cire rouge (qqs petites répar. et lég. rouss.). Belle lettre au propriétaire des Charmettes, alors que Rousseau s?était retiré à Motiers-Travers (près de Neufchâtel) afin d?échapper aux poursuites du décret contre l?Émile lancé par l?archevêque de Paris (il ne reviendra aux Charmettes qu?en juillet 1768).{CR}Il aurait été heureux de se rendre à l?invitation du comte, «et d?habiter quelques jours la celule que vous me destinez dans vôtre maison; mais ma chetive santé, ou plustôt mon mal continuel qui demande les plus grands menagemens ne me permet de me mettre en route que dans la plus belle saison. [...] Quand pourrai-je dans vos bras oublier toutes mes misères ? Quand reverrai-je ces lieux paisibles [les Charmettes] où j?ai passé les seuls beaux jours qui m?aient été accordés ? Quand irai-je couvrir de fleurs et de larmes la tombe de cette femme incomparable [Madame de Warens] dont vous avez fermé les yeux ? Helas, cher Comte, dans ce moment même j?ai plus besoin de vos consolations que jamais». Mylord Mareschal, «mon protecteur mon ami, et le plus digne des hommes», vient de partir de Suisse, «quittant sans regret un peuple peu digne de le posseder et qui n?étoit pas fait pour sentir son prix; mais moi qui le sentois si bien, il me laisse dans l?incertitude de le revoir jamais». Il lui reste cependant encore «des plaisirs à goûter. C?est près de vous que cette idée m?entraîne»... Il ajoute en post-scriptum: «ne soyez pas surpris de me voir paroitre en masque. J?ai pris l?habit d?Armenien dans ma retraite, et je le trouve si comode que je suis déterminé à ne le jamais quitter».{CR}Lettres (2012), t. 3, p. 1417 (n° 981)
Sale Thursday 21 February 2013・14:00 (Europe/Paris)
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