Un dessin double face de Modigliani
La Maison de ventes Ader présentera prochainement une feuille double face d'Amedeo Modigliani, Nu de femme debout au recto et Étude d'homme debout au verso, exécutée vers 1909 (crayon de couleur mauve et crayon noir.
L'intérêt majeur de cette feuille tient à sa provenance : elle porte, en bas à gauche, le cachet du docteur Paul Alexandre (Lugt 4950), premier collectionneur, mécène et ami de Modigliani. Médecin passionné d'art, Paul Alexandre rencontre l'artiste au tout début du XXᵉ et lui achète ses œuvres, constituant le plus grand ensemble d'œuvres de jeunesse de Modigliani jamais réuni. Son fonds, précieusement conservé par sa famille et longtemps resté inédit, a été révélé en 1993 par son fils Noël Alexandre et dispersé en partie à cette occasion. Les feuilles portant son cachet sont aujourd'hui parmi les plus recherchées du marché Modigliani, parce qu'elles garantissent à la fois l'authenticité et un ancrage dans la toute première période parisienne de l'artiste.
Les deux faces témoignent de ce moment charnière, vers 1909, où Modigliani s'oriente vers la sculpture. Au recto, un nu féminin debout, visage ovalisé incliné, chevelure relevée, est tracé au crayon mauve en une ligne enveloppante et sans reprise. Au verso, une figure masculine debout vue de face se réduit à un contour d'une seule venue à la mine de plomb, visage traité en masque hiératique, nez prolongé des sourcils, yeux en amandes évidées.
Les œuvres sur papier de Modigliani
Elles donnent à voir, dans leur dépouillement, ce qui fait la signature de l'artiste : silhouettes étirées, visages ovalisés, économie de moyens poussée à son plus haut degré. Travaillant à la mine de plomb, à l'encre ou au crayon de couleur, Modigliani a laissé un corpus abondant de têtes, de nus et de cariatides, qui dialoguent étroitement avec sa peinture et sa statuaire. Sa ligne, enveloppante et déposée sans reprise, trahit une parfaite maîtrise du volume et du geste, nourrie d'un regard aussi attentif à l'art égyptien et aux masques africains qu'aux statues cycladiques et aux madones siennoises. Nombre de ces feuilles sont nées comme premier jet, mais elles valent pleinement pour elles-mêmes et comptent, à parts égales avec les toiles, dans l'économie de son œuvre. Leur spontanéité fait entrer dans la fabrique du peintre, et laisse suivre, feuille après feuille, les inflexions de son langage plastique.