Claude SIMON (1913-2005). L.A.S., Paris 4 novembre 1957, à Émile Perez à La Goulette (Tunisie) ; 2 pages in-4, enveloppe (photographie jointe).
   Belle lettre sur le roman, à propos de Le Vent. Tentative de restitution d’un retable baroque. Il remercie pour la critique de son livre. « Chef d’œuvre, toutefois, me semble un bien grand mot. Certainement je crois avoir écrit un bon roman (sans quoi je n’aurais pas publié) mais […] je pense plutôt que, comme pour le vin, il faut attendre un peu pour voir si [les œuvres] vieillissent bien ». Il ne sait comment répondre à ses questions : « Se commenter soi-même est passablement ridicule. […] Mon propos est résolument et essentiellement réaliste. Un peu, si vous voulez, comme celui des cubistes qui ont essayé de montrer en même temps un objet sous divers angles et ses divers aspects. Contrairement à mon ami Robbe-Grillet je pense que le roman consiste à raconter une histoire. Seulement c’est ici que les difficultés commencent car, contrairement aussi à Sartre qui prétend que le romancier en sait toujours plus qu’il n’en dit, il me semble évident que nous en savons toujours beaucoup moins que nous en disons […] et tout le travail consiste précisément à distinguer entre ce que l’on sait réellement et ce que l’on croit savoir. […] Naturellement tout cela est ambigu. Comme la vie même »… Son réalisme – qui, « évidemment ne peut que remettre en question l’ordre établi et, partant, le langage – doit probablement déconcerter ses lecteurs…
Live mardi 23 octobre 2018・13:30 (Europe/Paris)
Lot n°215

Claude SIMON (1913-2005). L.A.S., Paris 4 novembre 1957, à Émile Perez à La Goulette (Tunisie) ; 2 pages in-4, enveloppe (photographie jointe). Belle lettre sur le roman, à propos de Le Vent. Tentative de restitution d’un retable baroque. Il remercie pour la critique de son livre. « Chef d’œuvre, toutefois, me semble un bien grand mot. Certainement je crois avoir écrit un bon roman (sans quoi je n’aurais pas publié) mais […] je pense plutôt que, comme pour le vin, il faut attendre un peu pour voir si [les œuvres] vieillissent bien ». Il ne sait comment répondre à ses questions : « Se commenter soi-même est passablement ridicule. […] Mon propos est résolument et essentiellement réaliste. Un peu, si vous voulez, comme celui des cubistes qui ont essayé de montrer en même temps un objet sous divers angles et ses divers aspects. Contrairement à mon ami Robbe-Grillet je pense que le roman consiste à raconter une histoire. Seulement c’est ici que les difficultés commencent car, contrairement aussi à Sartre qui prétend que le romancier en sait toujours plus qu’il n’en dit, il me semble évident que nous en savons toujours beaucoup moins que nous en disons […] et tout le travail consiste précisément à distinguer entre ce que l’on sait réellement et ce que l’on croit savoir. […] Naturellement tout cela est ambigu. Comme la vie même »… Son réalisme – qui, « évidemment ne peut que remettre en question l’ordre établi et, partant, le langage – doit probablement déconcerter ses lecteurs…

Estimation
300 € - 400 €
Résultat
448 €
Frais de vente
0%
Claude SIMON (1913-2005). L.A.S., Paris 4 novembre 1957, à Émile Perez à La Goulette (Tunisie) ; 2 pages in-4, enveloppe (photographie jointe). Belle lettre sur le roman, à propos de Le Vent. Tentative de restitution d’un retable baroque. Il remercie pour la critique de son livre. « Chef d’œuvre, toutefois, me semble un bien grand mot. Certainement je crois avoir écrit un bon roman (sans quoi je n’aurais pas publié) mais […] je pense plutôt que, comme pour le vin, il faut attendre un peu pour voir si [les œuvres] vieillissent bien ». Il ne sait comment répondre à ses questions : « Se commenter soi-même est passablement ridicule. […] Mon propos est résolument et essentiellement réaliste. Un peu, si vous voulez, comme celui des cubistes qui ont essayé de montrer en même temps un objet sous divers angles et ses divers aspects. Contrairement à mon ami Robbe-Grillet je pense que le roman consiste à raconter une histoire. Seulement c’est ici que les difficultés commencent car, contrairement aussi à Sartre qui prétend que le romancier en sait toujours plus qu’il n’en dit, il me semble évident que nous en savons toujours beaucoup moins que nous en disons […] et tout le travail consiste précisément à distinguer entre ce que l’on sait réellement et ce que l’on croit savoir. […] Naturellement tout cela est ambigu. Comme la vie même »… Son réalisme – qui, « évidemment ne peut que remettre en question l’ordre établi et, partant, le langage – doit probablement déconcerter ses lecteurs…
Vente mardi 23 octobre 2018・13:30 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir 3, rue Favart 75002 Paris