Jules Barbey d’Aurevilly. L.A.S., Paris 29 septembre 1843, à Guillaume Trébutien ; 4 pages in-8.
   Très belle et longue lettre à son ami Trébutien, au sujet de son poème en prose La Bague d’Annibal, son premier roman L’Amour impossible, et son projet de roman Germaine (qui deviendra plus tard Ce qui ne meurt pas).
   Il évoque d’abord des corrections pour La Bague d’Annibal : « C’est bien Poul-Serrho, mon cher orientaliste. J’en ai pour garantie une note de Lord Byron […] Vous avez raison. Quand on est l’auteur, on lit souvent sur le texte comme dans sa pensée. Un autre corrige mieux & surtout un ami comme vous qui aimez ma fille comme votre nièce. J’aime à vous dire de toutes façons combien nous sommes frères ».
   Puis il commente l’article de Paul Delasalle sur L’Amour impossible, qu’avait recopié Trébutien à l’intention de Barbey : « L’article est mauvais comme s’il ne disait pas de mal de moi. Il y avait un bon article de critique dure et morale contre L’Amour impossible, mais Mr de Lasalle ne l’a pas fait. Le sien est un compte rendu avec des phrases hâchées, tirées de mon livre, plus quelques gros mots d’indignation et de condamnation par ci par là, et si gros, si gros qu’en vérité je me demande si nous sommes en province aussi bêtes qu’en Angleterre de moralité hypocrite et ennuyeuse. Le Cant est donc partout maintenant. De toutes les thèses (Mr de Lasalle est avocat) il a choisi celle qui devait le moins inspirer un homme d’esprit. Il est digne d’être substitut. C’est très bien d’être l’avocat des pauvres quand on l’est, mais il ne faut pas l’être des pauvretés. Or c’est une pauvreté à nulle autre seconde que d’écrire des sévérités morales qu’on ne pense pas d’abord, et dont même la banalité est épuisée. De lui à moi et entre quatre yeux, Mr de Lasalle qui est de son temps probablement puisqu’on le dit spirituel (un homme d’esprit en est plus qu’un autre), de lui à moi, Mr de Lasalle conviendrait très bien et gaîment même, que le monde non pas pei
Live mardi 29 novembre 2016・14:00 (Europe/Paris)
Lot n°154

Jules Barbey d’Aurevilly. L.A.S., Paris 29 septembre 1843, à Guillaume Trébutien ; 4 pages in-8. Très belle et longue lettre à son ami Trébutien, au sujet de son poème en prose La Bague d’Annibal, son premier roman L’Amour impossible, et son projet de roman Germaine (qui deviendra plus tard Ce qui ne meurt pas). Il évoque d’abord des corrections pour La Bague d’Annibal : « C’est bien Poul-Serrho, mon cher orientaliste. J’en ai pour garantie une note de Lord Byron […] Vous avez raison. Quand on est l’auteur, on lit souvent sur le texte comme dans sa pensée. Un autre corrige mieux & surtout un ami comme vous qui aimez ma fille comme votre nièce. J’aime à vous dire de toutes façons combien nous sommes frères ». Puis il commente l’article de Paul Delasalle sur L’Amour impossible, qu’avait recopié Trébutien à l’intention de Barbey : « L’article est mauvais comme s’il ne disait pas de mal de moi. Il y avait un bon article de critique dure et morale contre L’Amour impossible, mais Mr de Lasalle ne l’a pas fait. Le sien est un compte rendu avec des phrases hâchées, tirées de mon livre, plus quelques gros mots d’indignation et de condamnation par ci par là, et si gros, si gros qu’en vérité je me demande si nous sommes en province aussi bêtes qu’en Angleterre de moralité hypocrite et ennuyeuse. Le Cant est donc partout maintenant. De toutes les thèses (Mr de Lasalle est avocat) il a choisi celle qui devait le moins inspirer un homme d’esprit. Il est digne d’être substitut. C’est très bien d’être l’avocat des pauvres quand on l’est, mais il ne faut pas l’être des pauvretés. Or c’est une pauvreté à nulle autre seconde que d’écrire des sévérités morales qu’on ne pense pas d’abord, et dont même la banalité est épuisée. De lui à moi et entre quatre yeux, Mr de Lasalle qui est de son temps probablement puisqu’on le dit spirituel (un homme d’esprit en est plus qu’un autre), de lui à moi, Mr de Lasalle conviendrait très bien et gaîment même, que le monde non pas pei

Estimation
1 000 € - 1 500 €
Résultat
2 125 €
Frais de vente
0%
Jules Barbey d’Aurevilly. L.A.S., Paris 29 septembre 1843, à Guillaume Trébutien ; 4 pages in-8. Très belle et longue lettre à son ami Trébutien, au sujet de son poème en prose La Bague d’Annibal, son premier roman L’Amour impossible, et son projet de roman Germaine (qui deviendra plus tard Ce qui ne meurt pas). Il évoque d’abord des corrections pour La Bague d’Annibal : « C’est bien Poul-Serrho, mon cher orientaliste. J’en ai pour garantie une note de Lord Byron […] Vous avez raison. Quand on est l’auteur, on lit souvent sur le texte comme dans sa pensée. Un autre corrige mieux & surtout un ami comme vous qui aimez ma fille comme votre nièce. J’aime à vous dire de toutes façons combien nous sommes frères ». Puis il commente l’article de Paul Delasalle sur L’Amour impossible, qu’avait recopié Trébutien à l’intention de Barbey : « L’article est mauvais comme s’il ne disait pas de mal de moi. Il y avait un bon article de critique dure et morale contre L’Amour impossible, mais Mr de Lasalle ne l’a pas fait. Le sien est un compte rendu avec des phrases hâchées, tirées de mon livre, plus quelques gros mots d’indignation et de condamnation par ci par là, et si gros, si gros qu’en vérité je me demande si nous sommes en province aussi bêtes qu’en Angleterre de moralité hypocrite et ennuyeuse. Le Cant est donc partout maintenant. De toutes les thèses (Mr de Lasalle est avocat) il a choisi celle qui devait le moins inspirer un homme d’esprit. Il est digne d’être substitut. C’est très bien d’être l’avocat des pauvres quand on l’est, mais il ne faut pas l’être des pauvretés. Or c’est une pauvreté à nulle autre seconde que d’écrire des sévérités morales qu’on ne pense pas d’abord, et dont même la banalité est épuisée. De lui à moi et entre quatre yeux, Mr de Lasalle qui est de son temps probablement puisqu’on le dit spirituel (un homme d’esprit en est plus qu’un autre), de lui à moi, Mr de Lasalle conviendrait très bien et gaîment même, que le monde non pas pei
Vente mardi 29 novembre 2016・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir 3, rue Favart 75002 Paris