Hubert LYAUTEY (1854-1934) maréchal. 5 L.A.S. «Hubert», Rome mars-avril 1883, à ses parents ; 46pages in-8 (sous chemise autographe: «Lettres de Rome à mes parents»). Belles et longues lettres du jeune capitaine de cavalerie en voyage d’étude en Italie. Jeudi saint 22 mars. Après une étape à Gênes il s’est rendu à Göritz, où il a aussitôt annoncé son arrivée à La Bouillerie ; ils sont allés à la villa Böckmann «où demeure le roi» [le comte de Chambord], et il a été présenté à M. de Foresta [son gentilhomme de service]. Il est allé à l’audience en grand habit: «j’ai été enfin introduit auprès du Roi. Des mots ne pourraient pas rendre ce que j’ai éprouvé ni ce qu’il est. J’étais absolument serré à la gorge, bien qu’il me mît à l’aise autant que possible, je suis resté ¾ d’heure seul avec lui, et je ne puis dire qu’une chose c’est que je n’ai jamais rencontré d’homme plus intelligent plus large d’idées, plus dans le mouvement comprenant mieux les choses. Il m’a fait asseoir de suite ; m’a parlé beaucoup de l’armée, de mes amis Antonin, Keller, La Bouillerie, d’Albert de Mun, des cercles de l’Afrique […] riant beaucoup de la pensée que c’était d’un congé officiel que je me détachais pour aller le voir»… Puis il s’est entretenu avec le marquis de Foresta et sa femme, «une vraie résurrection de la Restauration», et avec des membres du comité royaliste de la Nièvre, etc. Il décrit l’aspect un peu triste de la villa, et fait un croquis de la disposition des convives autour de la table du dîner: Lyautey était placé presque face au Roi: «Conversation générale, mais pas haut, et le Roi donnant toujours le 1er mot pour mener la conversation: d’une gaîté et d’un entrain extraordinaire, rien de grave ni de compassé»… Puis il résume les étapes de son voyage à Rome, et parle longuement de ses fréquentations, grâce aux recommandations de la princesse de Podenas: la princesse Massimo et la duchesse della Grazia, sœurs du comte de Chambord, les Altieri «de la plus haute maison de Rome», le cardinal Chigi, etc. Il est invité à la messe pascale à la Sixtine: «il n’y assiste que 200 personnes et on y communie de la main du St Père»… Il donne ses impressions de touriste et des détails de ses activités mondaines… Pâques [25 mars]. Il parle avec admiration du Pape Léon XIII, qui a l’air d’un saint, et de sa soirée chez la princesse Altieri, faisant un croquis de la disposition des convives à table. Ensuite, grande réception à laquelle assistait tout le «Rome noir». Il a «foudroyé» le comte de Béhaine, ambassadeur de France à Rome, en lui apprenant qu’il avait dîné dans cette maison… Il est invité chez la sœur du duc de Fitz-James, chez la princesse Bandini et il a rencontré le comte Lucchesi-Palli, petit-fils de la duchesse de Berry et neveu du Roi. «J’ai encore été présenté aux 2 comtes Macchi, à Mgr Marini participant au trône pontifical, au duc de Bomarzo des Borghèse, au prince Rospigliosi – enfin je n’y suis plus, et je m’embrouille, mais je suis rudement épaté»… 28 mars. Il passe en revue ses activités de la Semaine Sainte, donnant de nouveaux détails sur le dîner chez la princesse Altieri. Il évoque quelques visites de personnes et de galeries d’art, puis nomme tous ceux qui ont déposé chez lui leur carte de visite, et parfois des invitations… Mercredi 11 [avril]. Il a visité les parties non publiques du Vatican, est allé à un bal chez des Américains, a rendu visite au marquis de Reverseaux et s’est promené au Capitole, à la galerie Doria, sur la voie Appienne, etc. Il a assisté à une réception très brillante dans le salon Farnèse, et fait une visite au général commandant à Rome, le comte Maraldi… Il évoque brièvement son audience avec le Saint-Père… 14-17 avril. Il parle de sa visite des appartements des Borgia au Vatican, et se livre à quelques réflexions sur l’art des primitifs et l’art des modernes, se réjouissant de Raphaël… Il est sous le charme de Rome: «il n’y entre pas une banalité, tous les hommes que je vois, sont intéressants par quelque côté, leur esprit, leur situation, les positions qu’ils ont occupées ou l’éclat de leur naissance. Aussi je tremble à la pensée que cette vie finira si vite et qu’il faudra retomber à Bruyères dans la vie de pension, au milieu des camarades sans une idée, des occupations sans un intérêt»… Il se plaint amèrement de «ce supplice de l’exil», où en l’absence d’idées et d’arts on se replie sur soi: «je me demande comment je vais me résigner à reprendre cette vie de galère et si décidément ça ne va pas être la fin d’une carrière dont j’aime l’idée générale, mais qui vraiment m’a condamné jusqu’ici à un perpétuel exil»… Il raconte longuement sa fréquentation des galeries romain
Estimation
800 € - 1 000 €
Résultat
857 €
Frais de vente
32%
Hubert LYAUTEY (1854-1934) maréchal. 5 L.A.S. «Hubert», Rome mars-avril 1883, à ses parents ; 46pages in-8 (sous chemise autographe: «Lettres de Rome à mes parents»).
Belles et longues lettres du jeune capitaine de cavalerie en voyage d’étude en Italie. Jeudi saint 22 mars. Après une étape à Gênes il s’est rendu à Göritz, où il a aussitôt annoncé son arrivée à La Bouillerie ; ils sont allés à la villa Böckmann «où demeure le roi» [le comte de Chambord], et il a été présenté à M. de Foresta [son gentilhomme de service]. Il est allé à l’audience en grand habit: «j’ai été enfin introduit auprès du Roi. Des mots ne pourraient pas rendre ce que j’ai éprouvé ni ce qu’il est. J’étais absolument serré à la gorge, bien qu’il me mît à l’aise autant que possible, je suis resté ¾ d’heure seul avec lui, et je ne puis dire qu’une chose c’est que je n’ai jamais rencontré d’homme plus intelligent plus large d’idées, plus dans le mouvement comprenant mieux les choses. Il m’a fait asseoir de suite ; m’a parlé beaucoup de l’armée, de mes amis Antonin, Keller, La Bouillerie, d’Albert de Mun, des cercles de l’Afrique […] riant beaucoup de la pensée que c’était d’un congé officiel que je me détachais pour aller le voir»… Puis il s’est entretenu avec le marquis de Foresta et sa femme, «une vraie résurrection de la Restauration», et avec des membres du comité royaliste de la Nièvre, etc. Il décrit l’aspect un peu triste de la villa, et fait un croquis de la disposition des convives autour de la table du dîner: Lyautey était placé presque face au Roi: «Conversation générale, mais pas haut, et le Roi donnant toujours le 1er mot pour mener la conversation: d’une gaîté et d’un entrain extraordinaire, rien de grave ni de compassé»… Puis il résume les étapes de son voyage à Rome, et parle longuement de ses fréquentations, grâce aux recommandations de la princesse de Podenas: la princesse Massimo et la duchesse della Grazia, sœurs du comte de Chambord, les Altieri «de la plus haute maison de Rome», le cardinal Chigi, etc. Il est invité à la messe pascale à la Sixtine: «il n’y assiste que 200 personnes et on y communie de la main du St Père»… Il donne ses impressions de touriste et des détails de ses activités mondaines… Pâques [25 mars]. Il parle avec admiration du Pape Léon XIII, qui a l’air d’un saint, et de sa soirée chez la princesse Altieri, faisant un croquis de la disposition des convives à table. Ensuite, grande réception à laquelle assistait tout le «Rome noir». Il a «foudroyé» le comte de Béhaine, ambassadeur de France à Rome, en lui apprenant qu’il avait dîné dans cette maison… Il est invité chez la sœur du duc de Fitz-James, chez la princesse Bandini et il a rencontré le comte Lucchesi-Palli, petit-fils de la duchesse de Berry et neveu du Roi. «J’ai encore été présenté aux 2 comtes Macchi, à Mgr Marini participant au trône pontifical, au duc de Bomarzo des Borghèse, au prince Rospigliosi – enfin je n’y suis plus, et je m’embrouille, mais je suis rudement épaté»… 28 mars. Il passe en revue ses activités de la Semaine Sainte, donnant de nouveaux détails sur le dîner chez la princesse Altieri. Il évoque quelques visites de personnes et de galeries d’art, puis nomme tous ceux qui ont déposé chez lui leur carte de visite, et parfois des invitations… Mercredi 11 [avril]. Il a visité les parties non publiques du Vatican, est allé à un bal chez des Américains, a rendu visite au marquis de Reverseaux et s’est promené au Capitole, à la galerie Doria, sur la voie Appienne, etc. Il a assisté à une réception très brillante dans le salon Farnèse, et fait une visite au général commandant à Rome, le comte Maraldi… Il évoque brièvement son audience avec le Saint-Père… 14-17 avril. Il parle de sa visite des appartements des Borgia au Vatican, et se livre à quelques réflexions sur l’art des primitifs et l’art des modernes, se réjouissant de Raphaël… Il est sous le charme de Rome: «il n’y entre pas une banalité, tous les hommes que je vois, sont intéressants par quelque côté, leur esprit, leur situation, les positions qu’ils ont occupées ou l’éclat de leur naissance. Aussi je tremble à la pensée que cette vie finira si vite et qu’il faudra retomber à Bruyères dans la vie de pension, au milieu des camarades sans une idée, des occupations sans un intérêt»… Il se plaint amèrement de «ce supplice de l’exil», où en l’absence d’idées et d’arts on se replie sur soi: «je me demande comment je vais me résigner à reprendre cette vie de galère et si décidément ça ne va pas être la fin d’une carrière dont j’aime l’idée générale, mais qui vraiment m’a condamné jusqu’ici à un perpétuel exil»… Il raconte longuement sa fréquentation des galeries romain
Vente
jeudi 21 mai・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris