Henri GHÉON. 32 L.A.S., 1897-1929, à Francis Jammes; 43pages la plupart in-8, dont 2 cartes postales, 5 enveloppes et 8 adresses (petites fentes à 2 lettres). Très belle correspondance littéraire du poète avec Francis Jammes. Complétée par les 64 lettres de Francis Jammes, conservées dans le fonds Ghéon à la BnF [NAF 28142 (63)], la Correspondance Francis Jammes Henri Ghéon a été savamment publiée par Jean Tipy (J & D éditions, 1988). Nous ne pouvons donner ici qu’un aperçu de cette riche correspondance. Elle commence en février 1897, à la suite d’un article de Ghéon sur «Francis Jammes et la poésie d’humilité», qu’il considère comme «reconnaissant envers le poète qui m’a procuré tant de joies». Il signale à Jammes ses publications critiques ou poétiques dans des revues; après sa plaquette Chansons d’Aube, il a «terminé déjà un gros volume de poèmes: Le Geste de l’Été», et travaille «en outre à une tragédie: le Défricheur, et à un livre de vers et prose: les Labeurs et les Forces»… – En avril, Ghéon remercie et félicite Jammes pour Naissance du Poète: «Vous avez magnifié si simplement la grande minute qu’a marquée la naissance d’un grand poète comme vous, vous faites parler de façon si sublime Dieu, les Anges et les Hommes, et une telle vie anime la nature qui soudain s’exprime, et tout cela avec tant de décence, de poésie et de grâce, que l’on ne peut pas ne pas aimer profondément une telle œuvre»… – En juin, Ghéon a été touché de l’appréciation de ses Chansons d’Aube: «vous m’avez compris, comme un simple de cœur que vous êtes, et j’aime que votre lettre ait été moins un remerciement, moins un compliment qu’un cri d’émotion; ce m’est une secrète gloire. Oui, nous avons dû nous connaître jadis, de loin, moi petit garçon d’une grande plaine du nord, vous d’un midi montagneux et chaud. […] Mais je ne possède pas encore la tristesse profonde dont vous semblez pénétré, même dans votre grâce la plus jeune. Voici longtemps que j’ai perdu mon père, et j’en ai souffert beaucoup; mais je vis auprès de ma mère, si bonne que je ne pense plus à la douleur et que l’intimité familiale est pour moi un jardin épanoui qui a oublié l’orage. Mais j’ai pitié de vous, et j’aime d’autant votre âme, qui semble d’un exilé, pourtant si amoureux de sa nouvelle patrie»… – En août, il décrit le village d’Yport où il passe les vacances. «Toute la jeunesse qui se lève vous respecte et vous admire: vous comptez avec Griffin et Gide parmi les grands aînés qui auront eu la plus grande influence sur la nouvelle génération». Quant à lui, il n’a «que vingt et un an et demi, et je travaille tout doucement dans l’espoir d’une petite place littéraire dans quelques années»… – En septembre, il évoque son séjour à Cuverville chez André Gide. «Gide pour moi a fait une fois de plus la lecture de La Mort du Poète; j’ai pleuré; en toute sincérité, c’est jusqu’ici votre œuvre la plus complète et la plus profondément humaine; ce n’est plus de la littérature, mais bien de la vie, car le sentiment seul pare les mots»… Mars 1898, Ghéon dit son émotion à la lecture des Contes de Jammes, et parle de ses études de médecine dans le service du Dr Reclus. Il partage l’avis de Jammes: «Claudel a du génie»… En janvier 1901, il raconte son voyage en Algérie avec André Gide: El Kantara, Biskra, Touggourt, Souf; il tutoie Jammes. – 16 août, évocation de sa petite ville natale de Bray-sur-Seine, où il vient de s’installer comme médecin, où on doit lui écrire sous le nom du «Docteur Vangeon»: «Mon métier de docteur est une promenade. Et j’ai, le soir, l’esprit lavé pour fraîchement concevoir, et poursuivre mes réalisations: drame ou roman… […] le nom d’Henri Ghéon ne doit pas être prononcé dans un pays où les clients n’admettent pas que leur médecin ne soit que poète!» 22 avril 1902, Ghéon évoque la brouille de Jammes avec Gide, et critique les Existences de Jammes: «C’est bien Orthez, ta vie parmi les imbéciles, mais faut-il redire leurs platitudes, mieux, les transcrire! Mon pauvre ami, nous retombons dans la pire des esthétiques, l’esthétique naturaliste»… –9 août 1904, raillant un article de Pierre Fons. «Ta Pomme d’Anis, ce fut une bouffée de bruyères sèches dans ma plaine de froment d’or»… – 3 mai 1906, belle lettre sur L’Église habillée de feuilles et la conversion de Jammes: «Il fallait cela, mon cher vieil ami, que tu croies, ces aspirations à la foi qui semblaient ne pas aboutir finissaient, te l’avouerais-je, par gêner mon admiration, l’agacer comme un simple tic littéraire. Il fallait cela, mon cher Jammes. Enfin tu te réalises entièrement, et ta vie confirme ton rêve de poète. Merci. Un chaud merci du mécréant que je demeure, et dont je vois bien que,
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3 000 € - 4 000 €
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Henri GHÉON. 32 L.A.S., 1897-1929, à Francis Jammes; 43pages la plupart in-8, dont 2 cartes postales, 5 enveloppes et 8 adresses (petites fentes à 2 lettres).
Très belle correspondance littéraire du poète avec Francis Jammes.
Complétée par les 64 lettres de Francis Jammes, conservées dans le fonds Ghéon à la BnF [NAF 28142 (63)], la Correspondance Francis Jammes Henri Ghéon a été savamment publiée par Jean Tipy (J & D éditions, 1988). Nous ne pouvons donner ici qu’un aperçu de cette riche correspondance.
Elle commence en février 1897, à la suite d’un article de Ghéon sur «Francis Jammes et la poésie d’humilité», qu’il considère comme «reconnaissant envers le poète qui m’a procuré tant de joies». Il signale à Jammes ses publications critiques ou poétiques dans des revues; après sa plaquette Chansons d’Aube, il a «terminé déjà un gros volume de poèmes: Le Geste de l’Été», et travaille «en outre à une tragédie: le Défricheur, et à un livre de vers et prose: les Labeurs et les Forces»… – En avril, Ghéon remercie et félicite Jammes pour Naissance du Poète: «Vous avez magnifié si simplement la grande minute qu’a marquée la naissance d’un grand poète comme vous, vous faites parler de façon si sublime Dieu, les Anges et les Hommes, et une telle vie anime la nature qui soudain s’exprime, et tout cela avec tant de décence, de poésie et de grâce, que l’on ne peut pas ne pas aimer profondément une telle œuvre»… – En juin, Ghéon a été touché de l’appréciation de ses Chansons d’Aube: «vous m’avez compris, comme un simple de cœur que vous êtes, et j’aime que votre lettre ait été moins un remerciement, moins un compliment qu’un cri d’émotion; ce m’est une secrète gloire. Oui, nous avons dû nous connaître jadis, de loin, moi petit garçon d’une grande plaine du nord, vous d’un midi montagneux et chaud. […] Mais je ne possède pas encore la tristesse profonde dont vous semblez pénétré, même dans votre grâce la plus jeune. Voici longtemps que j’ai perdu mon père, et j’en ai souffert beaucoup; mais je vis auprès de ma mère, si bonne que je ne pense plus à la douleur et que l’intimité familiale est pour moi un jardin épanoui qui a oublié l’orage. Mais j’ai pitié de vous, et j’aime d’autant votre âme, qui semble d’un exilé, pourtant si amoureux de sa nouvelle patrie»… – En août, il décrit le village d’Yport où il passe les vacances. «Toute la jeunesse qui se lève vous respecte et vous admire: vous comptez avec Griffin et Gide parmi les grands aînés qui auront eu la plus grande influence sur la nouvelle génération». Quant à lui, il n’a «que vingt et un an et demi, et je travaille tout doucement dans l’espoir d’une petite place littéraire dans quelques années»… – En septembre, il évoque son séjour à Cuverville chez André Gide. «Gide pour moi a fait une fois de plus la lecture de La Mort du Poète; j’ai pleuré; en toute sincérité, c’est jusqu’ici votre œuvre la plus complète et la plus profondément humaine; ce n’est plus de la littérature, mais bien de la vie, car le sentiment seul pare les mots»…
Mars 1898, Ghéon dit son émotion à la lecture des Contes de Jammes, et parle de ses études de médecine dans le service du Dr Reclus. Il partage l’avis de Jammes: «Claudel a du génie»…
En janvier 1901, il raconte son voyage en Algérie avec André Gide: El Kantara, Biskra, Touggourt, Souf; il tutoie Jammes. – 16 août, évocation de sa petite ville natale de Bray-sur-Seine, où il vient de s’installer comme médecin, où on doit lui écrire sous le nom du «Docteur Vangeon»: «Mon métier de docteur est une promenade. Et j’ai, le soir, l’esprit lavé pour fraîchement concevoir, et poursuivre mes réalisations: drame ou roman… […] le nom d’Henri Ghéon ne doit pas être prononcé dans un pays où les clients n’admettent pas que leur médecin ne soit que poète!»
22 avril 1902, Ghéon évoque la brouille de Jammes avec Gide, et critique les Existences de Jammes: «C’est bien Orthez, ta vie parmi les imbéciles, mais faut-il redire leurs platitudes, mieux, les transcrire! Mon pauvre ami, nous retombons dans la pire des esthétiques, l’esthétique naturaliste»… –9 août 1904, raillant un article de Pierre Fons. «Ta Pomme d’Anis, ce fut une bouffée de bruyères sèches dans ma plaine de froment d’or»… – 3 mai 1906, belle lettre sur L’Église habillée de feuilles et la conversion de Jammes: «Il fallait cela, mon cher vieil ami, que tu croies, ces aspirations à la foi qui semblaient ne pas aboutir finissaient, te l’avouerais-je, par gêner mon admiration, l’agacer comme un simple tic littéraire. Il fallait cela, mon cher Jammes. Enfin tu te réalises entièrement, et ta vie confirme ton rêve de poète. Merci. Un chaud merci du mécréant que je demeure, et dont je vois bien que,
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mardi 10 mars・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris