Salomon REINACH (1858-1932) 69 L.A.S., 1884-1907, à Edward Lee Childe; 192 pages in-8, plusieurs en-têtes Musée Gallo-Romain de St-Germain, puis Musée de St Germain, qqs adresses. Importante et intéressante correspondance de l’archéologue au mari de sa grande amie. Nous ne pouvons en donner ici qu’un rapide aperçu, avec quelques brèves citations. [Une partie de la correspondance entre Blanche Lee Childe et Salomon Reinach a été publiée par Hervé Duchêne, Nous sommes de vieux amis qui allons refaire connaissance (Le Passeur, 2022).] La correspondance est marquée par le culte et le souvenir de Blanche: Reinach célèbre l’anniversaire de leur première rencontre sur le navire le Saint-Augustin, et se rendra sur sa tombe où il pense faire graver une citation latine de Saint Jérôme (24 nov. 1886). Il avoue à Edward: «je n’ai pas à me reprocher d’avoir vécu un seul jour, ni vu arriver une seule fois le sommeil sans y penser»… Il sent «tous les jours, non moins profondément que du temps où je vivais auprès d’elle, l’immense hauteur où elle était au-dessus de moi» (26 février 1890)… Etc. En octobre 1884, il évoque le problème des objets d’art enlevés par Napoléon et de leur restitution aux pays d’origine, et il prend la défense de Lord Elgin. Il parle de ses entretiens hebdomadaires avec Gustave Schlumberger, de ses confrères archéologues ou historiens, de son travail au Musée («Il m’est tombé une tuile à Saint-Germain, une collection de plus de 2000 objets cédés par le Musée Guimet et qu’il faut inventorier»), de ses propres recherches, de ses voyages d’étude… Il annonce ses fiançailles «à une jeune russe qui est docteur en médecine de la Faculté de Paris et qui a d’autres qualités aimables pour lesquelles il n’existe pas de diplôme en parchemin. […] Est-il besoin de vous dire que rien n’est changé et que le passé est intangible, non parce qu’il est trop loin, mais parce qu’il est trop haut?» (14 janvier 1891). Dans la lettre suivante, il s’explique longuement sur le mariage. De retour d’un séjour de travail à Londres, il analyse la situation politique en France: «Clemenceau est un personnage très peu estimable, un jouisseur démagogue, un politicien aux vues bornées; mais je ne puis voir qu’avec dégoût la campagne d’infâmes calomnies que des drôles, maîtres chanteurs de profession, ont mené contre lui. Je ne crois pas qu’il soit un homme à la mer; il s’est défendu avec une crânerie qui, tôt ou tard, aux yeux d’une opinion publique aussi généreuse qu’elle est ignorante, finit par passer pour de l’héroïsme»… (6 sept. 1893). Un an plus tard: «Je ne puis me soustraire a l’impression que j’assiste au long suicide de la République», et l’affaire Dreyfus l’a «profondément troublé et abattu […] ce n’est pas le crime d’un individu qui me cause cette émotion. He is as innocent as you or as myself. Son avocat n’a pas le moindre doute; il a dit au Palais, il y a trois jours, que c’était la plus grande erreur judiciaire du siècle. Et quelle erreur! Une condamnation autorisée par une pièce unique qui est apocryphe!»… (31 déc. 1894). Il dit la peine que lui cause la mort du duc d’Aumale (mai 1897). Il s’indigne du «martyrologe israëlite en Russie»… Il parle d’un «délicieux portrait» de Léonard de Vinci acheté à Rome par Theodore Davis, sur les conseils de Berenson… Et sur l’affaire Dreyfus: «J’ai beaucoup insisté pour que Picquart poursuive devant les tribunaux ceux qui l’accusent d’être un espion, et je suis très heureux qu’il s’y soit décidé. Quel que soit le résultat des élections, la guerre continuera; c’est une question de vie ou de mort pour la France. Tant pis s’il y a des blessés; la “vérité en marche” a bien souvent exigé des hécatombes. L’affaire Dreyfus ne sera liquidée que le jour où un procès monstre aura révélé à l’univers ce qu’est la S. 7, de quelles infamies elle est capable et combien elle est plus dangereuse que l’Internationale pour la paix du monde» (6 mai 1898). Il dresse la liste des «intellectuels» qui soutiennent Dreyfus, alors que «tout ce qu’il y a de notoirement mauvais et vénal en France est du côté d’Esterhazy»; puis il trace l’itinéraire d’un voyage en Grèce (1899). «Il n’y a, chez les Juifs, ni pape, ni conciles, ni orthodoxie. On peut être juif, comme on peut être protestant, sans croire à un miracle, sans croire à l’immortalité de l’âme et à la résurrection. Il faut seulement admettre le Schema de Moïse, qui affirme l’unité de Dieu»… Etc. Provenance : château du Perthuis.
Estimation
2 500 € - 3 000 €
Résultat
3 297 €
Frais de vente
30%
Salomon REINACH (1858-1932)
69 L.A.S., 1884-1907, à Edward Lee Childe; 192 pages in-8, plusieurs en-têtes Musée Gallo-Romain de St-Germain, puis Musée de St Germain, qqs adresses.
Importante et intéressante correspondance de l’archéologue au mari de sa grande amie. Nous ne pouvons en donner ici qu’un rapide aperçu, avec quelques brèves citations. [Une partie de la correspondance entre Blanche Lee Childe et Salomon Reinach a été publiée par Hervé Duchêne, Nous sommes de vieux amis qui allons refaire connaissance (Le Passeur, 2022).]
La correspondance est marquée par le culte et le souvenir de Blanche: Reinach célèbre l’anniversaire de leur première rencontre sur le navire le Saint-Augustin, et se rendra sur sa tombe où il pense faire graver une citation latine de Saint Jérôme (24 nov. 1886). Il avoue à Edward: «je n’ai pas à me reprocher d’avoir vécu un seul jour, ni vu arriver une seule fois le sommeil sans y penser»… Il sent «tous les jours, non moins profondément que du temps où je vivais auprès d’elle, l’immense hauteur où elle était au-dessus de moi» (26 février 1890)… Etc.
En octobre 1884, il évoque le problème des objets d’art enlevés par Napoléon et de leur restitution aux pays d’origine, et il prend la défense de Lord Elgin. Il parle de ses entretiens hebdomadaires avec Gustave Schlumberger, de ses confrères archéologues ou historiens, de son travail au Musée («Il m’est tombé une tuile à Saint-Germain, une collection de plus de 2000 objets cédés par le Musée Guimet et qu’il faut inventorier»), de ses propres recherches, de ses voyages d’étude… Il annonce ses fiançailles «à une jeune russe qui est docteur en médecine de la Faculté de Paris et qui a d’autres qualités aimables pour lesquelles il n’existe pas de diplôme en parchemin. […] Est-il besoin de vous dire que rien n’est changé et que le passé est intangible, non parce qu’il est trop loin, mais parce qu’il est trop haut?» (14 janvier 1891). Dans la lettre suivante, il s’explique longuement sur le mariage. De retour d’un séjour de travail à Londres, il analyse la situation politique en France: «Clemenceau est un personnage très peu estimable, un jouisseur démagogue, un politicien aux vues bornées; mais je ne puis voir qu’avec dégoût la campagne d’infâmes calomnies que des drôles, maîtres chanteurs de profession, ont mené contre lui. Je ne crois pas qu’il soit un homme à la mer; il s’est défendu avec une crânerie qui, tôt ou tard, aux yeux d’une opinion publique aussi généreuse qu’elle est ignorante, finit par passer pour de l’héroïsme»… (6 sept. 1893). Un an plus tard: «Je ne puis me soustraire a l’impression que j’assiste au long suicide de la République», et l’affaire Dreyfus l’a «profondément troublé et abattu […] ce n’est pas le crime d’un individu qui me cause cette émotion. He is as innocent as you or as myself. Son avocat n’a pas le moindre doute; il a dit au Palais, il y a trois jours, que c’était la plus grande erreur judiciaire du siècle. Et quelle erreur! Une condamnation autorisée par une pièce unique qui est apocryphe!»… (31 déc. 1894). Il dit la peine que lui cause la mort du duc d’Aumale (mai 1897). Il s’indigne du «martyrologe israëlite en Russie»… Il parle d’un «délicieux portrait» de Léonard de Vinci acheté à Rome par Theodore Davis, sur les conseils de Berenson… Et sur l’affaire Dreyfus: «J’ai beaucoup insisté pour que Picquart poursuive devant les tribunaux ceux qui l’accusent d’être un espion, et je suis très heureux qu’il s’y soit décidé. Quel que soit le résultat des élections, la guerre continuera; c’est une question de vie ou de mort pour la France. Tant pis s’il y a des blessés; la “vérité en marche” a bien souvent exigé des hécatombes. L’affaire Dreyfus ne sera liquidée que le jour où un procès monstre aura révélé à l’univers ce qu’est la S. 7, de quelles infamies elle est capable et combien elle est plus dangereuse que l’Internationale pour la paix du monde» (6 mai 1898). Il dresse la liste des «intellectuels» qui soutiennent Dreyfus, alors que «tout ce qu’il y a de notoirement mauvais et vénal en France est du côté d’Esterhazy»; puis il trace l’itinéraire d’un voyage en Grèce (1899). «Il n’y a, chez les Juifs, ni pape, ni conciles, ni orthodoxie. On peut être juif, comme on peut être protestant, sans croire à un miracle, sans croire à l’immortalité de l’âme et à la résurrection. Il faut seulement admettre le Schema de Moïse, qui affirme l’unité de Dieu»… Etc.
Provenance : château du Perthuis.
Vente
jeudi 12 février・14:00 (Europe/Paris)
Salle 9 - Hôtel Drouot
9, rue Drouot
75009 Paris