Reynaldo HAHN (1874-1947). 10 L.A.S. (la plupart «R» ou «RH»), [1928-1945, à Suzanne Serge]; 33pages in-8 ou in-12, 4 adresses (quelques petits défauts).
Curieuse correspondance sentimentale à une jeune danseuse.
Les premières lettres datent de la fin des années 1920; la dernière lettre est postérieure à la guerre. Hahn semble bien avoir eu une liaison avec cette danseuse, Suzanne Grothé dite Suzanne Serge, surnommée par Reynaldo «Suzon» ou «Suzy», qui dansait en 1926 à la Porte Saint-Martin dans Une revue; plus tard, il lui donne des conseils. Ces lettres sont très intéressantes pour la psychologie du musicien.
[15 juin 1928]. «J’ai été – je suis encore très bousculé car je vais diriger les Noces au Cycle Mozart. J’espère te voir bientôt – sans artifice – et sans vêtement – nue et abandonnée – indécente et charmante».
«Puisque vous acceptez mes conseils, laissez-moi vous donner celui de ne pas compliquer votre vie et vos sentiments par des rêvasseries psychologiques. Ne réfléchissez pas tant à vous-même. Laissez-vous aller à être telle que vous êtes, sans chercher à vous analyser sans cesse. Vivez et attendez ce que vous apporte chaque jour. Vous êtes jeune, jolie et douée. Tout ça ira très bien»…
Il lui est «absolument impossible d’affronter maintenant des situations sentimentales psychologiques. Je suis las à MOURIR de tout cela; j’en ai trop souffert et ma vie est trop pénible. À Deauville, j’avais le désir de m’évader d’un chagrin qui empoisonne mon existence. Et, tout en étant très gentille, vous avez fait “du chichi”. Alors, tout en étant très gentil, j’ai renoncé; parce que je ne tiens assez à rien pour persister. Et puis, le vent a tourné; vous êtes charmante et désirable. Mais je ne désire rien – ou plutôt rien qui doive compliquer ma vie. Vous me demandez: “Supporteriez-vous que je prenne un amant?” Je vous dis, franchement: j’aime mieux ignorer si vous en avez un ou pas. Parce que j’espère toujours qu’une intimité physique interviendra un jour entre nous – intimité passagère, intermittente, que sais-je, et ce jour-là il serait pénible d’entrer dans des questions de jalousie. Je ne peux pas et je ne veux pas souffrir encore. – Mais je n’ai pas le droit de vous empêcher de faire quoi que ce soit, et je ne peux rien vous donner en échange, que des moments de caprice. Si je vous avais connue plus tôt, tout cela eût été différent. – Mais le sort en a décidé autrement. Je vis avec une idée fixe, une seule – je suis un malade et j’aimerais guérir. Vous êtes délicieuse, mais vous êtes COMPLIQUÉE. C’est pourquoi je ne peux vous respirer que de temps à autre comme un parfum qui rafraîchit – si c’était trop longtemps de suite il m’entêterait, comme on dit. Il faut vous plaire avec moi, et non m’aimer. Je ne veux pas de responsabilités sentimentales, pas de drames, pas de conflits. Je veux souffrir en paix, avec des moments de repos ou de plaisir sans lendemains»...
Il lui écrit du Café de la Régence (fin des années 1920): «J’ai beaucoup réfléchi à notre petite aventure. Elle a pris naissance, en ce qui me concerne, dans le sentiment – je vous ai vue à un moment où j’étais désemparé, et si, à ce moment-là, vous n’aviez pas dit une petite phrase – oh! bien banale – qui m’a écarté de vous, il en serait probablement résulté beaucoup de choses. - Mais vous étiez amoureuse. Et moi, je ne pouvais m’attarder. – Maintenant, tout a évolué – j’ai repensé à vous. Vous êtes une des très rares femmes auxquelles j’aie repensé. Tout d’abord, vous m’avez supporté, par politesse “par respect”. Et puis peut-être, me connaissant mieux, avez-vous eu pour moi, un peu de sympathie. Votre ravissant visage, votre charme tranquille, votre confiance m’ont séduit – m’ont un peu tourné la tête – m’ont, en tout cas, occupé et préoccupé pendant plusieurs jours et je suis resté à Deauville pour vous. Et tout cela était très gentil, – jusqu’au moment – à la seconde où j’ai senti en moi et où j’ai vu dans vos yeux que le sentiment s’en mêlait. […] qui sait si, dans la ruine que je suis, vous n’avez pas trouvé un attrait […] J’ai en moi une possibilité d’aimer et de souffrir qui m’a martyrisé toute ma vie. Mais cette faculté funeste d’aimer et de souffrir est captée par une seule personne, dont la pensée ne me quitte jamais. Je n’ai pas le droit de faire croire à une autre que je peux l’aimer. Ma vie est empoisonnée par un amour malheureux, désespéré contre lequel jusqu’à présent ni mon talent, ni mes occupations, ni les distractions sans nombre auxquelles j’ai eu recours, ne peuvent rien. Je ne peux me permettre […] que des aventures. Rien de durable ou même de vaguement stable ne peut prendre place dans mon existence. Je suis balloté de jour en jour
Live jeudi 13 février 2025・14:00 (Europe/Paris)
Lot n°122

Reynaldo HAHN (1874-1947). 10 L.A.S. (la plupart «R» ou «RH»), [1928-1945, à Suzanne Serge]; 33pages in-8 ou in-12, 4 adresses (quelques petits défauts). Curieuse correspondance sentimentale à une jeune danseuse. Les premières lettres datent de la fin des années 1920; la dernière lettre est postérieure à la guerre. Hahn semble bien avoir eu une liaison avec cette danseuse, Suzanne Grothé dite Suzanne Serge, surnommée par Reynaldo «Suzon» ou «Suzy», qui dansait en 1926 à la Porte Saint-Martin dans Une revue; plus tard, il lui donne des conseils. Ces lettres sont très intéressantes pour la psychologie du musicien. [15 juin 1928]. «J’ai été – je suis encore très bousculé car je vais diriger les Noces au Cycle Mozart. J’espère te voir bientôt – sans artifice – et sans vêtement – nue et abandonnée – indécente et charmante». «Puisque vous acceptez mes conseils, laissez-moi vous donner celui de ne pas compliquer votre vie et vos sentiments par des rêvasseries psychologiques. Ne réfléchissez pas tant à vous-même. Laissez-vous aller à être telle que vous êtes, sans chercher à vous analyser sans cesse. Vivez et attendez ce que vous apporte chaque jour. Vous êtes jeune, jolie et douée. Tout ça ira très bien»… Il lui est «absolument impossible d’affronter maintenant des situations sentimentales psychologiques. Je suis las à MOURIR de tout cela; j’en ai trop souffert et ma vie est trop pénible. À Deauville, j’avais le désir de m’évader d’un chagrin qui empoisonne mon existence. Et, tout en étant très gentille, vous avez fait “du chichi”. Alors, tout en étant très gentil, j’ai renoncé; parce que je ne tiens assez à rien pour persister. Et puis, le vent a tourné; vous êtes charmante et désirable. Mais je ne désire rien – ou plutôt rien qui doive compliquer ma vie. Vous me demandez: “Supporteriez-vous que je prenne un amant?” Je vous dis, franchement: j’aime mieux ignorer si vous en avez un ou pas. Parce que j’espère toujours qu’une intimité physique interviendra un jour entre nous – intimité passagère, intermittente, que sais-je, et ce jour-là il serait pénible d’entrer dans des questions de jalousie. Je ne peux pas et je ne veux pas souffrir encore. – Mais je n’ai pas le droit de vous empêcher de faire quoi que ce soit, et je ne peux rien vous donner en échange, que des moments de caprice. Si je vous avais connue plus tôt, tout cela eût été différent. – Mais le sort en a décidé autrement. Je vis avec une idée fixe, une seule – je suis un malade et j’aimerais guérir. Vous êtes délicieuse, mais vous êtes COMPLIQUÉE. C’est pourquoi je ne peux vous respirer que de temps à autre comme un parfum qui rafraîchit – si c’était trop longtemps de suite il m’entêterait, comme on dit. Il faut vous plaire avec moi, et non m’aimer. Je ne veux pas de responsabilités sentimentales, pas de drames, pas de conflits. Je veux souffrir en paix, avec des moments de repos ou de plaisir sans lendemains»... Il lui écrit du Café de la Régence (fin des années 1920): «J’ai beaucoup réfléchi à notre petite aventure. Elle a pris naissance, en ce qui me concerne, dans le sentiment – je vous ai vue à un moment où j’étais désemparé, et si, à ce moment-là, vous n’aviez pas dit une petite phrase – oh! bien banale – qui m’a écarté de vous, il en serait probablement résulté beaucoup de choses. - Mais vous étiez amoureuse. Et moi, je ne pouvais m’attarder. – Maintenant, tout a évolué – j’ai repensé à vous. Vous êtes une des très rares femmes auxquelles j’aie repensé. Tout d’abord, vous m’avez supporté, par politesse “par respect”. Et puis peut-être, me connaissant mieux, avez-vous eu pour moi, un peu de sympathie. Votre ravissant visage, votre charme tranquille, votre confiance m’ont séduit – m’ont un peu tourné la tête – m’ont, en tout cas, occupé et préoccupé pendant plusieurs jours et je suis resté à Deauville pour vous. Et tout cela était très gentil, – jusqu’au moment – à la seconde où j’ai senti en moi et où j’ai vu dans vos yeux que le sentiment s’en mêlait. […] qui sait si, dans la ruine que je suis, vous n’avez pas trouvé un attrait […] J’ai en moi une possibilité d’aimer et de souffrir qui m’a martyrisé toute ma vie. Mais cette faculté funeste d’aimer et de souffrir est captée par une seule personne, dont la pensée ne me quitte jamais. Je n’ai pas le droit de faire croire à une autre que je peux l’aimer. Ma vie est empoisonnée par un amour malheureux, désespéré contre lequel jusqu’à présent ni mon talent, ni mes occupations, ni les distractions sans nombre auxquelles j’ai eu recours, ne peuvent rien. Je ne peux me permettre […] que des aventures. Rien de durable ou même de vaguement stable ne peut prendre place dans mon existence. Je suis balloté de jour en jour

Estimation
800 € - 1 000 €
Résultat
1 105 €
Frais de vente
30%
Reynaldo HAHN (1874-1947). 10 L.A.S. (la plupart «R» ou «RH»), [1928-1945, à Suzanne Serge]; 33pages in-8 ou in-12, 4 adresses (quelques petits défauts). Curieuse correspondance sentimentale à une jeune danseuse. Les premières lettres datent de la fin des années 1920; la dernière lettre est postérieure à la guerre. Hahn semble bien avoir eu une liaison avec cette danseuse, Suzanne Grothé dite Suzanne Serge, surnommée par Reynaldo «Suzon» ou «Suzy», qui dansait en 1926 à la Porte Saint-Martin dans Une revue; plus tard, il lui donne des conseils. Ces lettres sont très intéressantes pour la psychologie du musicien. [15 juin 1928]. «J’ai été – je suis encore très bousculé car je vais diriger les Noces au Cycle Mozart. J’espère te voir bientôt – sans artifice – et sans vêtement – nue et abandonnée – indécente et charmante». «Puisque vous acceptez mes conseils, laissez-moi vous donner celui de ne pas compliquer votre vie et vos sentiments par des rêvasseries psychologiques. Ne réfléchissez pas tant à vous-même. Laissez-vous aller à être telle que vous êtes, sans chercher à vous analyser sans cesse. Vivez et attendez ce que vous apporte chaque jour. Vous êtes jeune, jolie et douée. Tout ça ira très bien»… Il lui est «absolument impossible d’affronter maintenant des situations sentimentales psychologiques. Je suis las à MOURIR de tout cela; j’en ai trop souffert et ma vie est trop pénible. À Deauville, j’avais le désir de m’évader d’un chagrin qui empoisonne mon existence. Et, tout en étant très gentille, vous avez fait “du chichi”. Alors, tout en étant très gentil, j’ai renoncé; parce que je ne tiens assez à rien pour persister. Et puis, le vent a tourné; vous êtes charmante et désirable. Mais je ne désire rien – ou plutôt rien qui doive compliquer ma vie. Vous me demandez: “Supporteriez-vous que je prenne un amant?” Je vous dis, franchement: j’aime mieux ignorer si vous en avez un ou pas. Parce que j’espère toujours qu’une intimité physique interviendra un jour entre nous – intimité passagère, intermittente, que sais-je, et ce jour-là il serait pénible d’entrer dans des questions de jalousie. Je ne peux pas et je ne veux pas souffrir encore. – Mais je n’ai pas le droit de vous empêcher de faire quoi que ce soit, et je ne peux rien vous donner en échange, que des moments de caprice. Si je vous avais connue plus tôt, tout cela eût été différent. – Mais le sort en a décidé autrement. Je vis avec une idée fixe, une seule – je suis un malade et j’aimerais guérir. Vous êtes délicieuse, mais vous êtes COMPLIQUÉE. C’est pourquoi je ne peux vous respirer que de temps à autre comme un parfum qui rafraîchit – si c’était trop longtemps de suite il m’entêterait, comme on dit. Il faut vous plaire avec moi, et non m’aimer. Je ne veux pas de responsabilités sentimentales, pas de drames, pas de conflits. Je veux souffrir en paix, avec des moments de repos ou de plaisir sans lendemains»... Il lui écrit du Café de la Régence (fin des années 1920): «J’ai beaucoup réfléchi à notre petite aventure. Elle a pris naissance, en ce qui me concerne, dans le sentiment – je vous ai vue à un moment où j’étais désemparé, et si, à ce moment-là, vous n’aviez pas dit une petite phrase – oh! bien banale – qui m’a écarté de vous, il en serait probablement résulté beaucoup de choses. - Mais vous étiez amoureuse. Et moi, je ne pouvais m’attarder. – Maintenant, tout a évolué – j’ai repensé à vous. Vous êtes une des très rares femmes auxquelles j’aie repensé. Tout d’abord, vous m’avez supporté, par politesse “par respect”. Et puis peut-être, me connaissant mieux, avez-vous eu pour moi, un peu de sympathie. Votre ravissant visage, votre charme tranquille, votre confiance m’ont séduit – m’ont un peu tourné la tête – m’ont, en tout cas, occupé et préoccupé pendant plusieurs jours et je suis resté à Deauville pour vous. Et tout cela était très gentil, – jusqu’au moment – à la seconde où j’ai senti en moi et où j’ai vu dans vos yeux que le sentiment s’en mêlait. […] qui sait si, dans la ruine que je suis, vous n’avez pas trouvé un attrait […] J’ai en moi une possibilité d’aimer et de souffrir qui m’a martyrisé toute ma vie. Mais cette faculté funeste d’aimer et de souffrir est captée par une seule personne, dont la pensée ne me quitte jamais. Je n’ai pas le droit de faire croire à une autre que je peux l’aimer. Ma vie est empoisonnée par un amour malheureux, désespéré contre lequel jusqu’à présent ni mon talent, ni mes occupations, ni les distractions sans nombre auxquelles j’ai eu recours, ne peuvent rien. Je ne peux me permettre […] que des aventures. Rien de durable ou même de vaguement stable ne peut prendre place dans mon existence. Je suis balloté de jour en jour
Vente jeudi 13 février 2025・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir 3, rue Favart 75002 Paris