Henri Beyle, dit STENDHAL (1783-1842) L.A., V[ienne] 14 juillet 1809, à sa soeur Pauline Périer-Lagrange; 6 pages in-4 (papier un peu bruni). Très belle lettre sur sa passion pour la comtesse Daru.{CR}La lettre de Pauline a été «comme un vase rempli de l?eau la plus fraîche qui s?offre tout à coup au voyageur qui traverse péniblement les sables de l?Afrique. Je suis depuis quelques jours dans un accès d?ambition qui ne me laisse de repos ni jour ni nuit. Je ne m?inquiète pas beaucoup de cette fièvre de passion parceque tout sera bientôt décidé, et qu?en cas de non-succès j?aurai bien vite oublié mes désirs brulans. Je me moque de moi-même. Quand je suis tranquille ce qui fait les plaisirs des autres me parait plat et indigne qu?on y pense. Quand je suis engouffré dans ces accès de desirs fougueux qui me prennent 2 ou 3 fois par an je soupire pour la tranquillité que je vois goûter à mes pieds. À tout prendre depuis mon arrivée à Paris au commencement de décembre dernier je suis heureux de mon bonheur, qui serait inquiétude insuportable pour un autre. [...] J?ai été à Paris amoureux d?Elvire [Alexandrine Daru]. L?immense distance de rang qui nous sépare a fait que cette espèce de passion n?a eu d?interprète que nos yeux, comme on dit dans les romans, cela m?a amusé surtout dans les derniers momens de mon séjour. Elvire n?a pas beaucoup de sensibilité ou du moins, cette sensibilité n?a jamais été exercée. Je crois qu?étant avec moi, elle s?étonnait de sentir, 3 ou 4 fois nous avons eu de ces moments d?entrainement dans lesquels tout disparait excepté ce qu?on désire. Des obstacles insurmontables, et du plus grand danger pour l?un ou pour l?autre nous ont empêché de parler autrement que par des regards expressifs [...] figure-toi un Courtisan amoureux d?une Reine. Tu verras la nature de leurs dangers et de leurs plaisirs».{CR}Depuis son départ de Paris, il a eu des peines physiques, des «accès de fièvre qui m?ont empêché d?aller à la bataille du 6 de ce mois [Wagram]. Spectacle à jamais regretable. 500 mil
Estimation
5 000 € - 7 000 €
Résultat
17 000 €
Frais de vente
0%
Henri Beyle, dit STENDHAL (1783-1842)
L.A., V[ienne] 14 juillet 1809, à sa soeur Pauline Périer-Lagrange; 6 pages in-4 (papier un peu bruni). Très belle lettre sur sa passion pour la comtesse Daru.{CR}La lettre de Pauline a été «comme un vase rempli de l?eau la plus fraîche qui s?offre tout à coup au voyageur qui traverse péniblement les sables de l?Afrique. Je suis depuis quelques jours dans un accès d?ambition qui ne me laisse de repos ni jour ni nuit. Je ne m?inquiète pas beaucoup de cette fièvre de passion parceque tout sera bientôt décidé, et qu?en cas de non-succès j?aurai bien vite oublié mes désirs brulans. Je me moque de moi-même. Quand je suis tranquille ce qui fait les plaisirs des autres me parait plat et indigne qu?on y pense. Quand je suis engouffré dans ces accès de desirs fougueux qui me prennent 2 ou 3 fois par an je soupire pour la tranquillité que je vois goûter à mes pieds. À tout prendre depuis mon arrivée à Paris au commencement de décembre dernier je suis heureux de mon bonheur, qui serait inquiétude insuportable pour un autre. [...] J?ai été à Paris amoureux d?Elvire [Alexandrine Daru]. L?immense distance de rang qui nous sépare a fait que cette espèce de passion n?a eu d?interprète que nos yeux, comme on dit dans les romans, cela m?a amusé surtout dans les derniers momens de mon séjour. Elvire n?a pas beaucoup de sensibilité ou du moins, cette sensibilité n?a jamais été exercée. Je crois qu?étant avec moi, elle s?étonnait de sentir, 3 ou 4 fois nous avons eu de ces moments d?entrainement dans lesquels tout disparait excepté ce qu?on désire. Des obstacles insurmontables, et du plus grand danger pour l?un ou pour l?autre nous ont empêché de parler autrement que par des regards expressifs [...] figure-toi un Courtisan amoureux d?une Reine. Tu verras la nature de leurs dangers et de leurs plaisirs».{CR}Depuis son départ de Paris, il a eu des peines physiques, des «accès de fièvre qui m?ont empêché d?aller à la bataille du 6 de ce mois [Wagram]. Spectacle à jamais regretable. 500 mil
Vente
jeudi 21 février 2013・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris