Charles-Augustin sainte-beuve (1804-1869)
L.A.S., Paris 12 janvier 1833, à Félicité de Lamennais; 3 pages in-8, adresse. Très belle lettre sur son métier de critique, et sur l?art et la religion.{CR}Il a eu de ses nouvelles par Lacordaire... «Je continue, moi, en cette ville de bruit et d?activité dévorante mon existence assez vigilante de spectateur, de témoin qui prend des notes, mon métier en un mot de critique et de raisonneur. Cela devient décidément ma vocation courante, celle dont je vis matériellement et qui doit, à la longue, si elle ne l?a déjà fait, imprimer une tournure inévitable à mon esprit. J?aurais préféré, certes, la vie de l?Art, en rattachant l?art à une philosophie religieuse de plus en plus inspiratrice, en fesant, autant que possible, de la Poésie un acte de foi, une prière, une aspiration sous une forme plus ou moins ardente. Mais cette vie là à laquelle eussent répondu des facultés profondes de mon être, me devient de jour en jour plus difficile, étant en lutte avec les intérêts journaliers, et rongé de près sur mon dernier rocher par les vagues turbulentes de cette mer où je plonge. Il faut pour une contemplation poétique et religieuse soutenue établir une marge de séparation entre le monde et soi; c?est cette largeur de marge que je n?ai pu de bonne heure laisser en blanc; et aujourd?hui le livre est griffonné jusqu?aux bords, les commentaires étouffent le poème. J?ai beau disputer pied à pied: on se retranche un jour, et le lendemain on capitule. [...] l?essentiel, n?est-ce pas, c?est que l?esprit demeure vif, si la beauté de la production souffre; c?est une manière de sacrifice aussi que de consentir à cette déperdition de quelques dons brillans sous la nécessité des choses rapportées à Dieu»...{CR}Correspondance (éd. J. Bonnerot), t. I, p. 334. Ancienne collection Daniel Sickles (XII, 5053)
Live jeudi 21 février 2013・14:00 (Europe/Paris)
Lot n°163

Charles-Augustin sainte-beuve (1804-1869) L.A.S., Paris 12 janvier 1833, à Félicité de Lamennais; 3 pages in-8, adresse. Très belle lettre sur son métier de critique, et sur l?art et la religion.{CR}Il a eu de ses nouvelles par Lacordaire... «Je continue, moi, en cette ville de bruit et d?activité dévorante mon existence assez vigilante de spectateur, de témoin qui prend des notes, mon métier en un mot de critique et de raisonneur. Cela devient décidément ma vocation courante, celle dont je vis matériellement et qui doit, à la longue, si elle ne l?a déjà fait, imprimer une tournure inévitable à mon esprit. J?aurais préféré, certes, la vie de l?Art, en rattachant l?art à une philosophie religieuse de plus en plus inspiratrice, en fesant, autant que possible, de la Poésie un acte de foi, une prière, une aspiration sous une forme plus ou moins ardente. Mais cette vie là à laquelle eussent répondu des facultés profondes de mon être, me devient de jour en jour plus difficile, étant en lutte avec les intérêts journaliers, et rongé de près sur mon dernier rocher par les vagues turbulentes de cette mer où je plonge. Il faut pour une contemplation poétique et religieuse soutenue établir une marge de séparation entre le monde et soi; c?est cette largeur de marge que je n?ai pu de bonne heure laisser en blanc; et aujourd?hui le livre est griffonné jusqu?aux bords, les commentaires étouffent le poème. J?ai beau disputer pied à pied: on se retranche un jour, et le lendemain on capitule. [...] l?essentiel, n?est-ce pas, c?est que l?esprit demeure vif, si la beauté de la production souffre; c?est une manière de sacrifice aussi que de consentir à cette déperdition de quelques dons brillans sous la nécessité des choses rapportées à Dieu»...{CR}Correspondance (éd. J. Bonnerot), t. I, p. 334. Ancienne collection Daniel Sickles (XII, 5053)

Estimation
500 € - 600 €
Résultat
600 €
Frais de vente
0%
Charles-Augustin sainte-beuve (1804-1869) L.A.S., Paris 12 janvier 1833, à Félicité de Lamennais; 3 pages in-8, adresse. Très belle lettre sur son métier de critique, et sur l?art et la religion.{CR}Il a eu de ses nouvelles par Lacordaire... «Je continue, moi, en cette ville de bruit et d?activité dévorante mon existence assez vigilante de spectateur, de témoin qui prend des notes, mon métier en un mot de critique et de raisonneur. Cela devient décidément ma vocation courante, celle dont je vis matériellement et qui doit, à la longue, si elle ne l?a déjà fait, imprimer une tournure inévitable à mon esprit. J?aurais préféré, certes, la vie de l?Art, en rattachant l?art à une philosophie religieuse de plus en plus inspiratrice, en fesant, autant que possible, de la Poésie un acte de foi, une prière, une aspiration sous une forme plus ou moins ardente. Mais cette vie là à laquelle eussent répondu des facultés profondes de mon être, me devient de jour en jour plus difficile, étant en lutte avec les intérêts journaliers, et rongé de près sur mon dernier rocher par les vagues turbulentes de cette mer où je plonge. Il faut pour une contemplation poétique et religieuse soutenue établir une marge de séparation entre le monde et soi; c?est cette largeur de marge que je n?ai pu de bonne heure laisser en blanc; et aujourd?hui le livre est griffonné jusqu?aux bords, les commentaires étouffent le poème. J?ai beau disputer pied à pied: on se retranche un jour, et le lendemain on capitule. [...] l?essentiel, n?est-ce pas, c?est que l?esprit demeure vif, si la beauté de la production souffre; c?est une manière de sacrifice aussi que de consentir à cette déperdition de quelques dons brillans sous la nécessité des choses rapportées à Dieu»...{CR}Correspondance (éd. J. Bonnerot), t. I, p. 334. Ancienne collection Daniel Sickles (XII, 5053)
Vente jeudi 21 février 2013・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir 3, rue Favart 75002 Paris