Louis-Ferdinand CÉLINE. 3 L.A.S. «Destouches», «LF» et «Louis», [Meudon janvier- août 1955], à Robert Le Vigan; 1pages et demie, 4 et 2pages in-4 (la 1ère avec son cachet encre). Lettres inédites à l’acteur. 11 janvier. «Mon vieil ami. Je ne sais pas quel est ton sort là-bas?... le nôtre ici est plus que misérable.. rien ne manque, froid, haine partout, maladie, pauvreté, avenir: zéro! […] J’ai tout laissé au Danemark, Mikkelsen et les autres, nous ont tout (mes chétives économies) secoué, vaporisé! rien à dire…. Ici, Gallimard (Hirsch directeur) m’étouffe à zéro… Je ne vends rien! Médecine? Je suis affiché dans tout Meudon comme traître, pornographe etc. total: zéro malade! Ah, qu’il serait bon d’être mamouth, froid pour froid, pris dans la glace… on se sortirait dans 20 siècles, toute cette salle engeance bien crevée»… 4 mai. «J’écris gros et gateux surtout parce que je souffre beaucoup du bras droit (mutilé 75 p 100). Je t’envoie les beaux échos de Vranze. La question schmout ne se pose plus – tout est schmout. 100 p 100 – l’indigène est larbin, bourrique, ivrogne, et bien plus avare qu’un schmout; il ne lit rien, il roule, chacun sa voiture comme aux USA, luxe, pognon, confort, art ménager – matérialisme absolu, débile mentaux tous hommes et femmes – vacances, vacances – ils ne parlent que des vacances»… Il a vu Michel Simon et Arletty: «ils se disent absolument persuadés qu’en 3 ans de film ici tu ferais fortune – que tous les producteurs te réclament dont un nommé Becker. Tout est schmout c’est vrai mais si admis si entendu qu’on ne voit aucune réaction. Il n’y a ni résistances ni résistants donc aucun conflit. Ça va de soi. Hier j’ai été entendre Simon et Arletty lire le Voyage en microsillon – tout ce studio était schmout – fort civil, fort poli, fort avenant – on m’a très bien reçu – comme le peau rouge est reçu aux États-Unis – un ancêtre!» Il s’enfonce dans la misère: «Les jeunes n’ont jamais entendu parler de mes ours. Consigne du silence absolu. […] Pour toi c’est différent – tu n’as pas écrit Bagatelle et tu peux servir par ta présence et ton génie à repomper les films de Lazareff qui battent de l’aile faute de vrais artistes. […] Moi et Lucette on en terminera quand on n’aura plus de raviolis – avec les animaux – 6 chiens 2 chats 2 tortues – sans pataquès? Salut Patrie de larbins donneurs fumiers! Patrie de J. d’Arc et Vercingétorix! Usine à Cauchons! […] Mon bon tuberculeux défenseur polémiste Albert Paraz est en clinique […] Encore un qui va partir!»… 30 août. «Je ne vends plus un livre, saboté que je suis par ordre de la Lica chez tous les libraires et par mon propre éditeur Gallimard semi youtron – et dont la boutique est youtre 100 p 100 et coco et mascaille et pedoc et culbenite. Toutes les bonnes chapelles – et toutes pour m’étrangler absolument. En médecine: 0 – je suis trop vieux et saboté par les mêmes cliques – affiches coco: traître, porno, antisémite – rien n’a manqué […] Les très rares malades je les soigne à l’œil. Le studio de Lucette nous revient à 2 millions nous ne les regagnerons jamais – mais cela lui évite le désespoir. […] 62, aux cerises, fils! Ça irait si j’étais pas damné par ce con de tapin à foutre en transe à mon âge pour tartiner une historiette dont tout le monde se branlera, évidemment… qu’ils s’en branlent eh que je m’en tape!.. mais la note du gaz? l’électricité? les nouilles? Je me fais l’impression des vieux acrobates du Medrano qui tiennent plus du tout à monter à 25 m. faire des équilibres… que c’est marre! marre!»…
Estimation
1 500 € - 2 000 €
Résultat
2 340 €
Frais de vente
30%
Louis-Ferdinand CÉLINE. 3 L.A.S. «Destouches», «LF» et «Louis», [Meudon janvier- août 1955], à Robert Le Vigan; 1pages et demie, 4 et 2pages in-4 (la 1ère avec son cachet encre).
Lettres inédites à l’acteur.
11 janvier. «Mon vieil ami. Je ne sais pas quel est ton sort là-bas?... le nôtre ici est plus que misérable.. rien ne manque, froid, haine partout, maladie, pauvreté, avenir: zéro! […] J’ai tout laissé au Danemark, Mikkelsen et les autres, nous ont tout (mes chétives économies) secoué, vaporisé! rien à dire…. Ici, Gallimard (Hirsch directeur) m’étouffe à zéro… Je ne vends rien! Médecine? Je suis affiché dans tout Meudon comme traître, pornographe etc. total: zéro malade! Ah, qu’il serait bon d’être mamouth, froid pour froid, pris dans la glace… on se sortirait dans 20 siècles, toute cette salle engeance bien crevée»…
4 mai. «J’écris gros et gateux surtout parce que je souffre beaucoup du bras droit (mutilé 75 p 100). Je t’envoie les beaux échos de Vranze. La question schmout ne se pose plus – tout est schmout. 100 p 100 – l’indigène est larbin, bourrique, ivrogne, et bien plus avare qu’un schmout; il ne lit rien, il roule, chacun sa voiture comme aux USA, luxe, pognon, confort, art ménager – matérialisme absolu, débile mentaux tous hommes et femmes – vacances, vacances – ils ne parlent que des vacances»… Il a vu Michel Simon et Arletty: «ils se disent absolument persuadés qu’en 3 ans de film ici tu ferais fortune – que tous les producteurs te réclament dont un nommé Becker. Tout est schmout c’est vrai mais si admis si entendu qu’on ne voit aucune réaction. Il n’y a ni résistances ni résistants donc aucun conflit. Ça va de soi. Hier j’ai été entendre Simon et Arletty lire le Voyage en microsillon – tout ce studio était schmout – fort civil, fort poli, fort avenant – on m’a très bien reçu – comme le peau rouge est reçu aux États-Unis – un ancêtre!» Il s’enfonce dans la misère: «Les jeunes n’ont jamais entendu parler de mes ours. Consigne du silence absolu. […] Pour toi c’est différent – tu n’as pas écrit Bagatelle et tu peux servir par ta présence et ton génie à repomper les films de Lazareff qui battent de l’aile faute de vrais artistes. […] Moi et Lucette on en terminera quand on n’aura plus de raviolis – avec les animaux – 6 chiens 2 chats 2 tortues – sans pataquès? Salut Patrie de larbins donneurs fumiers! Patrie de J. d’Arc et Vercingétorix! Usine à Cauchons! […] Mon bon tuberculeux défenseur polémiste Albert Paraz est en clinique […] Encore un qui va partir!»…
30 août. «Je ne vends plus un livre, saboté que je suis par ordre de la Lica chez tous les libraires et par mon propre éditeur Gallimard semi youtron – et dont la boutique est youtre 100 p 100 et coco et mascaille et pedoc et culbenite. Toutes les bonnes chapelles – et toutes pour m’étrangler absolument. En médecine: 0 – je suis trop vieux et saboté par les mêmes cliques – affiches coco: traître, porno, antisémite – rien n’a manqué […] Les très rares malades je les soigne à l’œil. Le studio de Lucette nous revient à 2 millions nous ne les regagnerons jamais – mais cela lui évite le désespoir. […] 62, aux cerises, fils! Ça irait si j’étais pas damné par ce con de tapin à foutre en transe à mon âge pour tartiner une historiette dont tout le monde se branlera, évidemment… qu’ils s’en branlent eh que je m’en tape!.. mais la note du gaz? l’électricité? les nouilles? Je me fais l’impression des vieux acrobates du Medrano qui tiennent plus du tout à monter à 25 m. faire des équilibres… que c’est marre! marre!»…
Vente
mardi 18 juin 2024・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris