Louis-Ferdinand CÉLINE. 6 L.A.S., signées aussi par Lucette, [Neuilly août-septembre 1951], à son ami Paul Marteau à Cannes; 32pages in-4, enveloppes. Lettres inédites sur son retour en France, son séjour à Neuilly et son installation à Meudon [les Destouches ont été accueillis et logés chez Paul Marteau, dans son hôtel particulier de Neuilly, avant de s’installer à Meudon, alors que les Marteau étaient en vacances dans leur villa de Cannes]. Samedi [11 août]. Céline est affolé par les prix… «on est joliment bien dans votre Palais-férie! Quelles nuits! Si je n’étais pas obligé de sortir je serais parfaitement heureux! […] Ici tout est parfait la ménagerie est calme. Tout le monde est couché à 21 heures – levé à 8 – et jamais de visites!»… Le Lundi [13 août]. «Quelle honte ce téléphone ! Il crépite pire qu’en 1900! et on aurait Sydney limpide! C’est ça la vie moderne. Pas de crapauds dans la rivière? C’est qu’ils sont remontés à Paris! Ils savent vivre! Comme nous ici dans l’enchantement, chez vous. L’horreur c’est de sortir». Il est allé avec Lucette voir «une vieille copine russe danseuse. Cette brave hystérique en vingt minutes de convulsions m’a éreinté pour huit jours – et avenue du Bois! Elle dervichait sur le trottoir, me baisait les mains! Raspoutine je lui faisais l’effet. Je me suis sauvé dans un taxi!»… 15 août. «On pense bien à vous et tout pénétrés de gratitude on jouit énormément de votre admirable domicile on se régale énormément à la cuisine de Madame Thérèse, délicate, variée, revigorante, que Lucette s’en porte à ravir […] c’est une félicité terrifiante – car quels lendemains tout cela nous prépare! On a l’habitude nous de sauter aux Abimes! […] On va finir par un petit pavillon de banlieue, pas cher mais trop cher vu laideur mais avec le jardin – qu’il faut, absolument»… Le dimanche [16 septembre]. Débuts de l’installation à Meudon… «on a été dans la cave jouer les “épurateurs”… si on va en emporter!». Mais il a renversé le vinaigrier au passage… «On ira demain tantôt porter tout ça à Meudon […] Demain matin Lundi vos gens vont faire les charençons. Moi qui ai la clef je suis sur la manœuvre. À peine c’est fini j’enfourne le dur – comme convenu – et le soufflant braqué j’attends les brigands! Dormez tranquille– c’est Bessy [chienne] la traître qui ira leur filer des patins comme ça! Y a que Bébert [chat] et moi comme durs»… Le Jeudi [20 septembre]. Sur l’installation à la “Douloureuse” (Meudon): problèmes de citerne, de plomberie; mais le jardinier Poncet est formidable: «Il aurait défriché Angkor en 8 jours […] je vais me trouver bon pour 30 sacs sur mon coteau […] On a fait un déménagement en camionette qui valait son pesant. J’étais dans la bouzine enfermé avec Bessy »… Puis il parle du procès en diffamation contre Ernst Jünger, «qui se dégonfle fiasque ignoble comme tous ses pareils, mais comme j’ai été sali ça se passera pas si bénignement»; au retour de Tixier, «y aura du sport»… Il va aller aux Domaines, «où y a parait-il les raisons qu’on m’a tout volé»… Le Samedi [22 septembre]. «Sans félonie, sans joie non plus, sans illumination, nous avons capitulé, le bidet a gagné!» Défilé de plombiers, pour découvrir des fuites très graves… «Quant à la “Douloureuse” elle-même c’est pas à vous faire entrevoir la beauté qu’elle est parvenue, ça se raconte pas – beauté intérieure qui est à deviner du dehors – peinture, luisant, jeunesse, tout dedans! Les peintres (3) parvenus à cette perfection sont partis. – L’électricien a fait des choses aussi»… Il rentre bredouille des Domaines: « ils disent que je suis qu’un vieux sale c. pas intéressant – que je leur dois quand même encore de l’argent – bien qu’ils m’ont déjà tout pris. Voilà comment on traite les héros. […] Oh mais je me laisse pas faire – je les menace de me réengager dans l’armée Européenne, avec ma médaille reconquise par le droit!»…
Estimation
4 000 € - 5 000 €
Résultat
Non vendu
Frais de vente
30%
Louis-Ferdinand CÉLINE. 6 L.A.S., signées aussi par Lucette, [Neuilly août-septembre 1951], à son ami Paul Marteau à Cannes; 32pages in-4, enveloppes.
Lettres inédites sur son retour en France, son séjour à Neuilly et son installation à Meudon [les Destouches ont été accueillis et logés chez Paul Marteau, dans son hôtel particulier de Neuilly, avant de s’installer à Meudon, alors que les Marteau étaient en vacances dans leur villa de Cannes].
Samedi [11 août]. Céline est affolé par les prix… «on est joliment bien dans votre Palais-férie! Quelles nuits! Si je n’étais pas obligé de sortir je serais parfaitement heureux! […] Ici tout est parfait la ménagerie est calme. Tout le monde est couché à 21 heures – levé à 8 – et jamais de visites!»…
Le Lundi [13 août]. «Quelle honte ce téléphone ! Il crépite pire qu’en 1900! et on aurait Sydney limpide! C’est ça la vie moderne. Pas de crapauds dans la rivière? C’est qu’ils sont remontés à Paris! Ils savent vivre! Comme nous ici dans l’enchantement, chez vous. L’horreur c’est de sortir». Il est allé avec Lucette voir «une vieille copine russe danseuse. Cette brave hystérique en vingt minutes de convulsions m’a éreinté pour huit jours – et avenue du Bois! Elle dervichait sur le trottoir, me baisait les mains! Raspoutine je lui faisais l’effet. Je me suis sauvé dans un taxi!»…
15 août. «On pense bien à vous et tout pénétrés de gratitude on jouit énormément de votre admirable domicile on se régale énormément à la cuisine de Madame Thérèse, délicate, variée, revigorante, que Lucette s’en porte à ravir […] c’est une félicité terrifiante – car quels lendemains tout cela nous prépare! On a l’habitude nous de sauter aux Abimes! […] On va finir par un petit pavillon de banlieue, pas cher mais trop cher vu laideur mais avec le jardin – qu’il faut, absolument»…
Le dimanche [16 septembre]. Débuts de l’installation à Meudon… «on a été dans la cave jouer les “épurateurs”… si on va en emporter!». Mais il a renversé le vinaigrier au passage… «On ira demain tantôt porter tout ça à Meudon […] Demain matin Lundi vos gens vont faire les charençons. Moi qui ai la clef je suis sur la manœuvre. À peine c’est fini j’enfourne le dur – comme convenu – et le soufflant braqué j’attends les brigands! Dormez tranquille– c’est Bessy [chienne] la traître qui ira leur filer des patins comme ça! Y a que Bébert [chat] et moi comme durs»…
Le Jeudi [20 septembre]. Sur l’installation à la “Douloureuse” (Meudon): problèmes de citerne, de plomberie; mais le jardinier Poncet est formidable: «Il aurait défriché Angkor en 8 jours […] je vais me trouver bon pour 30 sacs sur mon coteau […] On a fait un déménagement en camionette qui valait son pesant. J’étais dans la bouzine enfermé avec Bessy »… Puis il parle du procès en diffamation contre Ernst Jünger, «qui se dégonfle fiasque ignoble comme tous ses pareils, mais comme j’ai été sali ça se passera pas si bénignement»; au retour de Tixier, «y aura du sport»… Il va aller aux Domaines, «où y a parait-il les raisons qu’on m’a tout volé»…
Le Samedi [22 septembre]. «Sans félonie, sans joie non plus, sans illumination, nous avons capitulé, le bidet a gagné!» Défilé de plombiers, pour découvrir des fuites très graves… «Quant à la “Douloureuse” elle-même c’est pas à vous faire entrevoir la beauté qu’elle est parvenue, ça se raconte pas – beauté intérieure qui est à deviner du dehors – peinture, luisant, jeunesse, tout dedans! Les peintres (3) parvenus à cette perfection sont partis. – L’électricien a fait des choses aussi»… Il rentre bredouille des Domaines: « ils disent que je suis qu’un vieux sale c. pas intéressant – que je leur dois quand même encore de l’argent – bien qu’ils m’ont déjà tout pris. Voilà comment on traite les héros. […] Oh mais je me laisse pas faire – je les menace de me réengager dans l’armée Européenne, avec ma médaille reconquise par le droit!»…
Vente
mardi 18 juin 2024・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris