Germaine Necker, baronne de STAËL (1766-1817) Femme de lettres. L.A., Metz samedi 28 [pour 29] octobre [1803], à Mathieu de Montmorency, à Paris; 3 pages in-4, adresse (manque par bris de cachet avec perte de deux fins de lignes, fentes répar.). Belle lettre parlant de son exil et de Benjamin Constant. Elle a lu ses deux lettres avec beaucoup de larmes: «je suis bien faible et les nuits que je passe avec un sommeil sans cesse interrompu achevent de m'oter la force. J'étois loin de croire que je souffrirois ce que je souffre. Je me serois conduit autrement si je l'avois prévu». Sa fille est malade, mais elle espère pouvoir partir jeudi: «je meurs de peur que le climat du nord ne convienne pas à ce pauvre enfant. Quel mal le 1er C. [Bonaparte] m'a fait! Je crois encore pour l'honneur du coeur humain que s'il en avoit eu l'idée toute entière il auroit reculé devant elle. J'ai la conviction que c'est moi qui suis cause que votre oncle est rappellé il aura voulu vous donner une compensation mais n'est-il pas vrai cher Matthieu que ce n'est pas une compensation et parce que personne ne vous aime comme moi et parce que votre oncle a le bonheur de ne pas souffrir par l'imagination»... Hier elle a été émue par sa visite de la cathédrale et de la synagogue de Metz: «ces tombeaux dans la cathédrale ces cris aigus dans la synagogue tout agissoit sur moi et j'avois une terreur de la vie qui ne peut se peindre il me sembloit que la mort menaçoit mon père mes enfants mes amis, et ce sont des sensations de ce genre qui doivent préparer le désordre des facultés morales. Pourquoi vous peindre cher Matthieu un si misérable état mais mon ame va se réfugier dans la vôtre et j'ai pour vous de ce sentiment que vous inspire les personnes en qui vous vous confiez et que vous croyez meilleurs que vous. Benj. est excellent pour moi. Certainement sans lui il me seroit arrivé quelque chose de bien extraordinaire. Je vous prie de l'aimer du bien qu'il me fait ou plutôt du mal dont il me sauve. J'ai trouvé ici Villers de Kant [le philosophe
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Germaine Necker, baronne de STAËL (1766-1817)
Femme de lettres. L.A., Metz samedi 28 [pour 29] octobre [1803], à Mathieu de Montmorency, à Paris; 3 pages in-4, adresse (manque par bris de cachet avec perte de deux fins de lignes, fentes répar.). Belle lettre parlant de son exil et de Benjamin Constant. Elle a lu ses deux lettres avec beaucoup de larmes: «je suis bien faible et les nuits que je passe avec un sommeil sans cesse interrompu achevent de m'oter la force. J'étois loin de croire que je souffrirois ce que je souffre. Je me serois conduit autrement si je l'avois prévu». Sa fille est malade, mais elle espère pouvoir partir jeudi: «je meurs de peur que le climat du nord ne convienne pas à ce pauvre enfant. Quel mal le 1er C. [Bonaparte] m'a fait! Je crois encore pour l'honneur du coeur humain que s'il en avoit eu l'idée toute entière il auroit reculé devant elle. J'ai la conviction que c'est moi qui suis cause que votre oncle est rappellé il aura voulu vous donner une compensation mais n'est-il pas vrai cher Matthieu que ce n'est pas une compensation et parce que personne ne vous aime comme moi et parce que votre oncle a le bonheur de ne pas souffrir par l'imagination»... Hier elle a été émue par sa visite de la cathédrale et de la synagogue de Metz: «ces tombeaux dans la cathédrale ces cris aigus dans la synagogue tout agissoit sur moi et j'avois une terreur de la vie qui ne peut se peindre il me sembloit que la mort menaçoit mon père mes enfants mes amis, et ce sont des sensations de ce genre qui doivent préparer le désordre des facultés morales. Pourquoi vous peindre cher Matthieu un si misérable état mais mon ame va se réfugier dans la vôtre et j'ai pour vous de ce sentiment que vous inspire les personnes en qui vous vous confiez et que vous croyez meilleurs que vous. Benj. est excellent pour moi. Certainement sans lui il me seroit arrivé quelque chose de bien extraordinaire. Je vous prie de l'aimer du bien qu'il me fait ou plutôt du mal dont il me sauve. J'ai trouvé ici Villers de Kant [le philosophe
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jeudi 14 juin 2012・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris