Paul MORAND
L.A.S., Villefranche s/mer 16 mars 1939, à Mme Blanche Édouard Herriot; 3 pages in-4. Très intéressants conseils politiques au lendemain de la cession de la Bohême et la Moravie à l'Allemagne. Morand s'inquiète de lire que les radicaux exhortent le Président Herriot à se rendre en Europe orientale, car après le coup allemand, «le Président risque de ne trouver qu'un Orient disloqué, terré, terrifié, qui sans doute lui fera bon accueil mais lui cachera la vérité»... Nul ne lui avouera que la Yougoslavie craint que sa Croatie ne se soulève sur un signe de l'Allemagne, que «la Roumanie redoute l'apparition brusque d'un führer des Transylvains vengeur de Codreanu, et que l'URSS reste prudemment sur la réserve derrière une frontière dégarnie d'autostrades, privée de voies ferrées de mobilisation»... Il n'est qu'un «récent spécialiste du Danube», mais voit bien «qu'en Hitler, autrichien, c'est l'Autriche qui a annexé le Reich et non le contraire: c'est le spectre autrichien qui sort de sa tombe (sans qu'hélas les dix millions d'hommes qu'il y a entraînés en sortent avec lui)»... Le voyage au Danube d'un ministre français ne pourra rien contre la terreur qu'inspire Hitler; Morand recommande, au contraire, le voyage en Amérique que Léon Blum n'a pu faire, et qui eût sans doute exaspéré l'antisémitisme mondial; il y voit d'énormes profits: «Sauf quelques missions comme celles de Malraux ou de Kayser, l'un communiste et l'autre juif, personne n'a été représenter la France aux États-Unis depuis très longtemps, dans ce qu'elle a de Français. Roosevelt aime les personnalités fortes, les paroles extra-diplomatiques, les propos sans fluidité, mais achevés et nets. Le Président, en allant à New-York avant le roi d'Angleterre, peut revenir de là-bas triomphal; tout est possible à New-York en ce moment; abandon du Neutrality act, crédits pour avions, etc. L'homme politique français qui a prêché le paiement de notre dette à l'Amérique et qui n'a jamais été remercié comme il eût fallu
Live jeudi 14 juin 2012・14:00 (Europe/Paris)
Lot n°230

Paul MORAND L.A.S., Villefranche s/mer 16 mars 1939, à Mme Blanche Édouard Herriot; 3 pages in-4. Très intéressants conseils politiques au lendemain de la cession de la Bohême et la Moravie à l'Allemagne. Morand s'inquiète de lire que les radicaux exhortent le Président Herriot à se rendre en Europe orientale, car après le coup allemand, «le Président risque de ne trouver qu'un Orient disloqué, terré, terrifié, qui sans doute lui fera bon accueil mais lui cachera la vérité»... Nul ne lui avouera que la Yougoslavie craint que sa Croatie ne se soulève sur un signe de l'Allemagne, que «la Roumanie redoute l'apparition brusque d'un führer des Transylvains vengeur de Codreanu, et que l'URSS reste prudemment sur la réserve derrière une frontière dégarnie d'autostrades, privée de voies ferrées de mobilisation»... Il n'est qu'un «récent spécialiste du Danube», mais voit bien «qu'en Hitler, autrichien, c'est l'Autriche qui a annexé le Reich et non le contraire: c'est le spectre autrichien qui sort de sa tombe (sans qu'hélas les dix millions d'hommes qu'il y a entraînés en sortent avec lui)»... Le voyage au Danube d'un ministre français ne pourra rien contre la terreur qu'inspire Hitler; Morand recommande, au contraire, le voyage en Amérique que Léon Blum n'a pu faire, et qui eût sans doute exaspéré l'antisémitisme mondial; il y voit d'énormes profits: «Sauf quelques missions comme celles de Malraux ou de Kayser, l'un communiste et l'autre juif, personne n'a été représenter la France aux États-Unis depuis très longtemps, dans ce qu'elle a de Français. Roosevelt aime les personnalités fortes, les paroles extra-diplomatiques, les propos sans fluidité, mais achevés et nets. Le Président, en allant à New-York avant le roi d'Angleterre, peut revenir de là-bas triomphal; tout est possible à New-York en ce moment; abandon du Neutrality act, crédits pour avions, etc. L'homme politique français qui a prêché le paiement de notre dette à l'Amérique et qui n'a jamais été remercié comme il eût fallu

Estimation
1 200 € - 1 500 €
Résultat
3 000 €
Frais de vente
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Paul MORAND L.A.S., Villefranche s/mer 16 mars 1939, à Mme Blanche Édouard Herriot; 3 pages in-4. Très intéressants conseils politiques au lendemain de la cession de la Bohême et la Moravie à l'Allemagne. Morand s'inquiète de lire que les radicaux exhortent le Président Herriot à se rendre en Europe orientale, car après le coup allemand, «le Président risque de ne trouver qu'un Orient disloqué, terré, terrifié, qui sans doute lui fera bon accueil mais lui cachera la vérité»... Nul ne lui avouera que la Yougoslavie craint que sa Croatie ne se soulève sur un signe de l'Allemagne, que «la Roumanie redoute l'apparition brusque d'un führer des Transylvains vengeur de Codreanu, et que l'URSS reste prudemment sur la réserve derrière une frontière dégarnie d'autostrades, privée de voies ferrées de mobilisation»... Il n'est qu'un «récent spécialiste du Danube», mais voit bien «qu'en Hitler, autrichien, c'est l'Autriche qui a annexé le Reich et non le contraire: c'est le spectre autrichien qui sort de sa tombe (sans qu'hélas les dix millions d'hommes qu'il y a entraînés en sortent avec lui)»... Le voyage au Danube d'un ministre français ne pourra rien contre la terreur qu'inspire Hitler; Morand recommande, au contraire, le voyage en Amérique que Léon Blum n'a pu faire, et qui eût sans doute exaspéré l'antisémitisme mondial; il y voit d'énormes profits: «Sauf quelques missions comme celles de Malraux ou de Kayser, l'un communiste et l'autre juif, personne n'a été représenter la France aux États-Unis depuis très longtemps, dans ce qu'elle a de Français. Roosevelt aime les personnalités fortes, les paroles extra-diplomatiques, les propos sans fluidité, mais achevés et nets. Le Président, en allant à New-York avant le roi d'Angleterre, peut revenir de là-bas triomphal; tout est possible à New-York en ce moment; abandon du Neutrality act, crédits pour avions, etc. L'homme politique français qui a prêché le paiement de notre dette à l'Amérique et qui n'a jamais été remercié comme il eût fallu
Vente jeudi 14 juin 2012・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir 3, rue Favart 75002 Paris