Émile-Antoine BOURDELLE. L.A.S., Paris 14 avril 1920, à Anatole France ; 4 pages petit in-4. Réflexions sur Dalou et Rodin, et son propre buste d’Anatole France. « Voyant au Salon de la Société Nationale des bustes par Dalou – des bustes par Rodin », il a envoyé au dernier moment le buste du « Maître » sans qu’il puisse figurer au catalogue. « Mais voilà le point vivant de la question. Le virtuosisme de Dalou, ses cravates et ses étoffes et ses faux cols chauds encore du fer à repasser – ses frisettes – ses risettes de coiffeur ses têtes affouillées à masses errantes lisses, léchées - me tapaient un peu trop sur la patience ! […] La virtuosité plus aigüe – trop aigüe – et pas assez – des têtes de Rodin – riches certes des apparences de la substance humaine – mais substance trop affichée […] l’oubli total de la mise en communication de ce bloc du chef et du corps avec les lois de l’espace et les lois de la lumière […] Tout cela m’a poussé à apporter cette effigie du Maître des Lettres Françaises ». Les critiques, délaissant « les deux grandes figures (La Force de la volonté et La Victoire) et la tête monumentale de Mickiewicz – Voilà que tous se sont précipités en voyant votre buste… Ils l’ont étudié de près– puis en s’éloignant peu à peu et ont conclu qu’il était plus intime – et plus entier – et plus homogène. […] Je suis fatigué de voir le Jean-Paul-Laurens en barbe et cheveux de savonnade – Le Geffroy knock out, les yeux pochés et bavant. Le Dalou électrique frisé de cheveux et barbé poil par poil […] Cela est vieux chiffons vieux habits cela n’a pas d’éternité. Peut-être, Maître, est-ce la faute des modèles – et que en entendant Jérôme Coignard et Mr Bergerat j’ai copié une vérité plus dense et mieux tenue ». Il n’a pu résister « devant tous ces bustes d’un virtuosisme opprimant. Je n’ai pu attendre la dignité du marbre et du manteau que je veux voir revêtir à l’image vénérée de l’auteur de tant de beauté écrite. Excusez ce coup de combat les bêlements et les béatitudes de la cohue des Béotiens m’ont excité. Je ne pouvais trouver un plus beau drapeau à jeter dans la mêlée »…
Estimation
500 € - 700 €
Résultat
640 €
Frais de vente
28%
Émile-Antoine BOURDELLE. L.A.S., Paris 14 avril 1920, à Anatole France ; 4 pages petit in-4.
Réflexions sur Dalou et Rodin, et son propre buste d’Anatole France.
« Voyant au Salon de la Société Nationale des bustes par Dalou – des bustes par Rodin », il a envoyé au dernier moment le buste du « Maître » sans qu’il puisse figurer au catalogue. « Mais voilà le point vivant de la question. Le virtuosisme de Dalou, ses cravates et ses étoffes et ses faux cols chauds encore du fer à repasser – ses frisettes – ses risettes de coiffeur ses têtes affouillées à masses errantes lisses, léchées - me tapaient un peu trop sur la patience ! […] La virtuosité plus aigüe – trop aigüe – et pas assez – des têtes de Rodin – riches certes des apparences de la substance humaine – mais substance trop affichée […] l’oubli total de la mise en communication de ce bloc du chef et du corps avec les lois de l’espace et les lois de la lumière […] Tout cela m’a poussé à apporter cette effigie du Maître des Lettres Françaises ». Les critiques, délaissant « les deux grandes figures (La Force de la volonté et La Victoire) et la tête monumentale de Mickiewicz – Voilà que tous se sont précipités en voyant votre buste… Ils l’ont étudié de près– puis en s’éloignant peu à peu et ont conclu qu’il était plus intime – et plus entier – et plus homogène. […] Je suis fatigué de voir le Jean-Paul-Laurens en barbe et cheveux de savonnade – Le Geffroy knock out, les yeux pochés et bavant. Le Dalou électrique frisé de cheveux et barbé poil par poil […] Cela est vieux chiffons vieux habits cela n’a pas d’éternité. Peut-être, Maître, est-ce la faute des modèles – et que en entendant Jérôme Coignard et Mr Bergerat j’ai copié une vérité plus dense et mieux tenue ». Il n’a pu résister « devant tous ces bustes d’un virtuosisme opprimant. Je n’ai pu attendre la dignité du marbre et du manteau que je veux voir revêtir à l’image vénérée de l’auteur de tant de beauté écrite. Excusez ce coup de combat les bêlements et les béatitudes de la cohue des Béotiens m’ont excité. Je ne pouvais trouver un plus beau drapeau à jeter dans la mêlée »…
Vente
mardi 4 juillet 2023・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris