Jean-François RAFFAËLLI (Paris, 1850 - 1924) Le Chiffonnier au bord des carrières Huile sur toile. Signée en bas à droite. (Petites craquelures dans le ciel). 22 x 24 cm Provenance : Manuel de Ayarragaray Garbuno (1840-1908), industriel et collectionneur, Bilbao. Expositions : - 6e exposition impressionniste, Paris, 35 boulevard des Capucines, 2 avril-1er mai 1881, n° 111 (« Chiffonnier au bord des carrières. Appartient à M. Ayarra de Garay »). - Œuvres de Jean-François Raffaëlli, Paris, 28 bis, avenue de l’Opéra, 15 mars-15 avril 1884, n° 138 (« Chiffonnier au bord des carrières. Appartient à M. Ayarra de Garay »). Bibliographie : - A. Silvestre, Le Monde des arts, in. La Vie moderne, IIIe année, n° 16 (16 avril 1881), p. 251. - A. Silvestre, Sixième exposition des artistes indépendants, in L’Estafette, 11 avril 1881, p. 3. On joint : le montage d’origine décoré de la main de l’artiste Avec cette petite huile inédite, Raffaëlli s’attache une fois de plus à son univers favori, celui de la banlieue et des paysages d’au-delà des « fortifs », près d’Asnières ou de Meudon. Loin des jardins luxuriants des impressionnistes, Raffaëlli y dépeint la vie simple et souvent misérable des petits métiers, chiffonniers et rémouleurs, qui peuplent sa peinture et ses gravures. On retrouve ici le chemin boueux, la barrière disloquée, la cabane au toit effondré tandis qu’au loin moulins et cheminées d’usines attestent des métamorphoses d’un monde hésitant encore entre économie traditionnelle d’hier et industrialisation en cours. Une carriole dételée et quelques poules complètent ce tableau quelque peu désolé. Dans cette huile, toutefois, l’artiste ne se contente pas de représenter un type, le chiffonnier, comme il sait le faire si bien avec ses rémouleurs, chemineaux et autres acteurs de la vie populaire. Il semble bien, en effet, qu’une forme de mise en scène suggère autre chose. Le personnage, vu de dos et posté sur la gauche, qui vient de poser son sac, exprime comme une surprise mêlée de mécontentement. Les mains posées sur les hanches en signe de désapprobation et le visage tourné vers le centre de l’image guident notre regard vers ce qui paraît être la cause de son attitude. Un équipage, capote relevée, est arrêté devant la masure et une autre voiture, vue de dos, stationne le long du mur gauche de la bâtisse. On peut se demander, comme le personnage lui-même, ce que des fiacres parisiens viennent faire dans ce lieu excentré et boueux, au milieu de nulle part, au sein de cette banlieue inhospitalière. Bien qu’aucune source n’en apporte la preuve, il n’est pas interdit de suggérer une réponse. Il est peu probable qu’un rendez-vous galant trouve sa place dans un lieu aussi peu romantique. N’est-ce pas en revanche bien l’endroit discret et écarté où hommes du monde, journalistes et littérateurs viennent régler leurs différends et laver leur honneur sur le pré, comme c’est encore l’usage à l’époque ? Protagonistes et témoins ne sont pas visibles, mais leurs équipages attestent sans doute leur présence sur quelque champ derrière la masure. Cette mise en scène pourrait laisser penser que Raffaëlli a choisi l’anecdote ; n’est-il pas plutôt encore plus subtil que jamais en suggérant la rencontre des mondes, celui d’une capitale élégante et frivole où l’on se bat, ou fait semblant de se battre, pour un gant jeté, un article ironique ou une affaire de femme, et la dure réalité des petites gens de la banlieue ? Avec très peu de choses, un paysage dépouillé, quelques détails suggestifs, l’attitude habilement restituée de son personnage et une gamme chromatique restreinte, le peintre livre à la fois la poésie d’un monde attachant et l’état d’une société complexe qui l’interroge.
Estimation
6 000 € - 8 000 €
Résultat
12 160 €
Frais de vente
28%
Jean-François RAFFAËLLI (Paris, 1850 - 1924)
Le Chiffonnier au bord des carrières
Huile sur toile.
Signée en bas à droite.
(Petites craquelures dans le ciel).
22 x 24 cm
Provenance :
Manuel de Ayarragaray Garbuno (1840-1908), industriel et collectionneur, Bilbao.
Expositions :
- 6e exposition impressionniste, Paris, 35 boulevard des Capucines, 2 avril-1er mai 1881, n° 111 (« Chiffonnier au bord des carrières. Appartient à M. Ayarra de Garay »).
- Œuvres de Jean-François Raffaëlli, Paris, 28 bis, avenue de l’Opéra, 15 mars-15 avril 1884, n° 138 (« Chiffonnier au bord des carrières. Appartient à M. Ayarra de Garay »).
Bibliographie :
- A. Silvestre, Le Monde des arts, in. La Vie moderne, IIIe année, n° 16 (16 avril 1881), p. 251.
- A. Silvestre, Sixième exposition des artistes indépendants, in L’Estafette, 11 avril 1881, p. 3.
On joint : le montage d’origine décoré de la main de l’artiste
Avec cette petite huile inédite, Raffaëlli s’attache une fois de plus à son univers favori, celui de la banlieue et des paysages d’au-delà des « fortifs », près d’Asnières ou de Meudon. Loin des jardins luxuriants des impressionnistes, Raffaëlli y dépeint la vie simple et souvent misérable des petits métiers, chiffonniers et rémouleurs, qui peuplent sa peinture et ses gravures. On retrouve ici le chemin boueux, la barrière disloquée, la cabane au toit effondré tandis qu’au loin moulins et cheminées d’usines attestent des métamorphoses d’un monde hésitant encore entre économie traditionnelle d’hier et industrialisation en cours. Une carriole dételée et quelques poules complètent ce tableau quelque peu désolé. Dans cette huile, toutefois, l’artiste ne se contente pas de représenter un type, le chiffonnier, comme il sait le faire si bien avec ses rémouleurs, chemineaux et autres acteurs de la vie populaire. Il semble bien, en effet, qu’une forme de mise en scène suggère autre chose. Le personnage, vu de dos et posté sur la gauche, qui vient de poser son sac, exprime comme une surprise mêlée de mécontentement. Les mains posées sur les hanches en signe de désapprobation et le visage tourné vers le centre de l’image guident notre regard vers ce qui paraît être la cause de son attitude. Un équipage, capote relevée, est arrêté devant la masure et une autre voiture, vue de dos, stationne le long du mur gauche de la bâtisse. On peut se demander, comme le personnage lui-même, ce que des fiacres parisiens viennent faire dans ce lieu excentré et boueux, au milieu de nulle part, au sein de cette banlieue inhospitalière. Bien qu’aucune source n’en apporte la preuve, il n’est pas interdit de suggérer une réponse. Il est peu probable qu’un rendez-vous galant trouve sa place dans un lieu aussi peu romantique. N’est-ce pas en revanche bien l’endroit discret et écarté où hommes du monde, journalistes et littérateurs viennent régler leurs différends et laver leur honneur sur le pré, comme c’est encore l’usage à l’époque ? Protagonistes et témoins ne sont pas visibles, mais leurs équipages attestent sans doute leur présence sur quelque champ derrière la masure. Cette mise en scène pourrait laisser penser que Raffaëlli a choisi l’anecdote ; n’est-il pas plutôt encore plus subtil que jamais en suggérant la rencontre des mondes, celui d’une capitale élégante et frivole où l’on se bat, ou fait semblant de se battre, pour un gant jeté, un article ironique ou une affaire de femme, et la dure réalité des petites gens de la banlieue ? Avec très peu de choses, un paysage dépouillé, quelques détails suggestifs, l’attitude habilement restituée de son personnage et une gamme chromatique restreinte, le peintre livre à la fois la poésie d’un monde attachant et l’état d’une société complexe qui l’interroge.
Vente
mardi 21 mars 2023・14:00 (Europe/Paris)
Salle 9 - Hôtel Drouot
9, rue Drouot
75009 Paris