François MAURIAC. L.A.S. « Fr. », 7 février [1938 ?], à son « cher petit Jacques » [Jacques Laval] ; 4 pages petit in-4.

   Très belle lettre, au jeune prêtre Jacques Laval, où il parle à demi-mots de son homosexualité et de ses tentations. Il a deviné dans ses lettres « bien des difficultés, bien des luttes », maintenant qu’il n’est plus porté par le règlement, par « la mécanique du séminaire ». Ce qui est nouveau c’est de « tenir votre rôle dans le drame secret que sont nos vies, seul et sous le regard d’un Dieu qui n’est pas toujours […] “sensible au cœur”. […] Mon cher Jacques, vous avez raison de croire que je vous aime, mais vous vous faites sur moi de grandes illusions. On a beau dire qu’on ne vieillit pas : si ! le cœur se dessèche. Je souffre moins, je ne souffre plus par le cœur, […] je ne souffre plus des abaissements et des misères charnelles. […] mon drame n’est pas d’être méconnu, mais au contraire de donner de moi une idée qui ne correspond pas à l’être que je suis réellement et dont la misère ferait peur à ces petits prêtres dont vous me parlez et qui me font trop d’honneur en me jugeant sur un certain plan. Mon drame c’est d’avoir aimé par-dessus tout la sincérité et d’avoir abouti à ce mensonge de ma vie – car je suis lié par mes attitudes anciennes, par mes livres pieux. Dieu me punira en posant sur ma figure le masque que je hais le plus au monde : celui de Tartuffe… Et pourtant, il ne faut pas scandaliser… Il faut se taire, n’est-ce pas ? »… Il lui parle ensuite de son neveu Bruno Gay-Lussac, qui lui a apporté un roman qui l’a étonné, mais il conseille de ne rien attendre de lui, « ce petit être fermé et glacé, sans la moindre tendresse. Pour moi, je l’ai toujours classé avec les frigidaires. Et je l’aime tout de même de tout mon cœur »… Il demande de prier pour lui car il n’est pas « dans une bonne passe (je ne suis jamais dans une bonne passe) […] – que Dieu vous garde, – que le Christ qui vous aime, vous rende en amour tout ce que vous faites pour ses pauvres, pour ses enfants, pour ses malades, ses cancéreux, ses hommes de lettres ! »…
Live mardi 4 octobre 2022・14:00 (Europe/Paris)
Lot n°173

François MAURIAC. L.A.S. « Fr. », 7 février [1938 ?], à son « cher petit Jacques » [Jacques Laval] ; 4 pages petit in-4. Très belle lettre, au jeune prêtre Jacques Laval, où il parle à demi-mots de son homosexualité et de ses tentations. Il a deviné dans ses lettres « bien des difficultés, bien des luttes », maintenant qu’il n’est plus porté par le règlement, par « la mécanique du séminaire ». Ce qui est nouveau c’est de « tenir votre rôle dans le drame secret que sont nos vies, seul et sous le regard d’un Dieu qui n’est pas toujours […] “sensible au cœur”. […] Mon cher Jacques, vous avez raison de croire que je vous aime, mais vous vous faites sur moi de grandes illusions. On a beau dire qu’on ne vieillit pas : si ! le cœur se dessèche. Je souffre moins, je ne souffre plus par le cœur, […] je ne souffre plus des abaissements et des misères charnelles. […] mon drame n’est pas d’être méconnu, mais au contraire de donner de moi une idée qui ne correspond pas à l’être que je suis réellement et dont la misère ferait peur à ces petits prêtres dont vous me parlez et qui me font trop d’honneur en me jugeant sur un certain plan. Mon drame c’est d’avoir aimé par-dessus tout la sincérité et d’avoir abouti à ce mensonge de ma vie – car je suis lié par mes attitudes anciennes, par mes livres pieux. Dieu me punira en posant sur ma figure le masque que je hais le plus au monde : celui de Tartuffe… Et pourtant, il ne faut pas scandaliser… Il faut se taire, n’est-ce pas ? »… Il lui parle ensuite de son neveu Bruno Gay-Lussac, qui lui a apporté un roman qui l’a étonné, mais il conseille de ne rien attendre de lui, « ce petit être fermé et glacé, sans la moindre tendresse. Pour moi, je l’ai toujours classé avec les frigidaires. Et je l’aime tout de même de tout mon cœur »… Il demande de prier pour lui car il n’est pas « dans une bonne passe (je ne suis jamais dans une bonne passe) […] – que Dieu vous garde, – que le Christ qui vous aime, vous rende en amour tout ce que vous faites pour ses pauvres, pour ses enfants, pour ses malades, ses cancéreux, ses hommes de lettres ! »…

Estimation
400 € - 500 €
Résultat
486 €
Frais de vente
28%
François MAURIAC. L.A.S. « Fr. », 7 février [1938 ?], à son « cher petit Jacques » [Jacques Laval] ; 4 pages petit in-4. Très belle lettre, au jeune prêtre Jacques Laval, où il parle à demi-mots de son homosexualité et de ses tentations. Il a deviné dans ses lettres « bien des difficultés, bien des luttes », maintenant qu’il n’est plus porté par le règlement, par « la mécanique du séminaire ». Ce qui est nouveau c’est de « tenir votre rôle dans le drame secret que sont nos vies, seul et sous le regard d’un Dieu qui n’est pas toujours […] “sensible au cœur”. […] Mon cher Jacques, vous avez raison de croire que je vous aime, mais vous vous faites sur moi de grandes illusions. On a beau dire qu’on ne vieillit pas : si ! le cœur se dessèche. Je souffre moins, je ne souffre plus par le cœur, […] je ne souffre plus des abaissements et des misères charnelles. […] mon drame n’est pas d’être méconnu, mais au contraire de donner de moi une idée qui ne correspond pas à l’être que je suis réellement et dont la misère ferait peur à ces petits prêtres dont vous me parlez et qui me font trop d’honneur en me jugeant sur un certain plan. Mon drame c’est d’avoir aimé par-dessus tout la sincérité et d’avoir abouti à ce mensonge de ma vie – car je suis lié par mes attitudes anciennes, par mes livres pieux. Dieu me punira en posant sur ma figure le masque que je hais le plus au monde : celui de Tartuffe… Et pourtant, il ne faut pas scandaliser… Il faut se taire, n’est-ce pas ? »… Il lui parle ensuite de son neveu Bruno Gay-Lussac, qui lui a apporté un roman qui l’a étonné, mais il conseille de ne rien attendre de lui, « ce petit être fermé et glacé, sans la moindre tendresse. Pour moi, je l’ai toujours classé avec les frigidaires. Et je l’aime tout de même de tout mon cœur »… Il demande de prier pour lui car il n’est pas « dans une bonne passe (je ne suis jamais dans une bonne passe) […] – que Dieu vous garde, – que le Christ qui vous aime, vous rende en amour tout ce que vous faites pour ses pauvres, pour ses enfants, pour ses malades, ses cancéreux, ses hommes de lettres ! »…
Vente mardi 4 octobre 2022・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir 3, rue Favart 75002 Paris