Camille SAINT-SAËNS Manuscrit autographe signé sous forme de lettre ouverte à Henri Heugel, 18 mai 1908; 4 pages et demie in-4. Bel article sur Gluck. Cette lettre a paru sous le titre La Musique de Gluck dans Le Ménestrel du 23 mai 1898. Saint-Saëns s'indigne qu'un critique perpétue l'idée fausse que Gluck est « pompeux », tandis que Rameau est « mouvementé, tourmenté, plein de vigueur et d'action »... Il incrimine l'oubli des traditions, oubli qui fait trahir des chefs-d'oeuvre. Car Gluck, « c'est la vie, c'est la passion, c'est le sentiment dramatique dans ce qu'il a de plus intense »... Ce n'est pas la tragédie antique que Gluck voulait reproduire, mais la tragédie cornélienne et racinienne, quelque temps discréditée par des imitateurs mais ranimée depuis par M. Claretie et Mme Sarah Bernhardt... Cependant on inflige à Gluck « une majestueuse lenteur » qui le dénature : ainsi l'air de Thoas, « De noirs pressentiments... », « le morceau le plus fiévreux qui se puisse imaginer, dont la fièvre confine à la démence, est toujours exécuté largement et solennellement, contrairement aux intentions de l'auteur »... Saint-Saëns le sait parce qu'il a beaucoup connu Berlioz, et que Berlioz, jeune, avait vu représenter les ouvrages de Gluck « encore au répertoire, alors que les traditions n'étaient pas perdues, alors que la "diction large", qui a tué le récitatif, n'était pas encore inventée [...]. Nul auteur lyrique, plus que Gluck, ne fut jamais plus mouvementé, plus tourmenté, plus plein de vigueur et d'action »... Le succès que connaissent ses oeuvres, même mutilées, tient à la beauté qui s'en dégage toujours, et aux artistes admirables qui les interprètent. « Mais combien ces artistes seraient plus admirables encore, si on ne les égarait pas sur de fausses pistes, en attachant à leurs cothurnes des semelles de plomb ! »...
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Camille SAINT-SAËNS
Manuscrit autographe signé sous forme de lettre ouverte à Henri Heugel, 18 mai 1908; 4 pages et demie in-4. Bel article sur Gluck. Cette lettre a paru sous le titre La Musique de Gluck dans Le Ménestrel du 23 mai 1898. Saint-Saëns s'indigne qu'un critique perpétue l'idée fausse que Gluck est « pompeux », tandis que Rameau est « mouvementé, tourmenté, plein de vigueur et d'action »... Il incrimine l'oubli des traditions, oubli qui fait trahir des chefs-d'oeuvre. Car Gluck, « c'est la vie, c'est la passion, c'est le sentiment dramatique dans ce qu'il a de plus intense »... Ce n'est pas la tragédie antique que Gluck voulait reproduire, mais la tragédie cornélienne et racinienne, quelque temps discréditée par des imitateurs mais ranimée depuis par M. Claretie et Mme Sarah Bernhardt... Cependant on inflige à Gluck « une majestueuse lenteur » qui le dénature : ainsi l'air de Thoas, « De noirs pressentiments... », « le morceau le plus fiévreux qui se puisse imaginer, dont la fièvre confine à la démence, est toujours exécuté largement et solennellement, contrairement aux intentions de l'auteur »... Saint-Saëns le sait parce qu'il a beaucoup connu Berlioz, et que Berlioz, jeune, avait vu représenter les ouvrages de Gluck « encore au répertoire, alors que les traditions n'étaient pas perdues, alors que la "diction large", qui a tué le récitatif, n'était pas encore inventée [...]. Nul auteur lyrique, plus que Gluck, ne fut jamais plus mouvementé, plus tourmenté, plus plein de vigueur et d'action »... Le succès que connaissent ses oeuvres, même mutilées, tient à la beauté qui s'en dégage toujours, et aux artistes admirables qui les interprètent. « Mais combien ces artistes seraient plus admirables encore, si on ne les égarait pas sur de fausses pistes, en attachant à leurs cothurnes des semelles de plomb ! »...
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jeudi 26 mai 2011・14:00 (Europe/Paris)
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9, rue Drouot
75009 Paris