FRÉDÉRIC II (1712-1786) Roi de Prusse. L.S. « Federic », Potsdam 11 octobre 1777, à Voltaire ; 2 pages in-4. Très belle lettre, où, en despote éclairé, Frédéric expose à Voltaire ses idées sur la réforme des lois. Il dit son admiration pour Marc-Aurèle, dont il envie l’expérience de gouvernement, et ne pense pas atteindre sa perfection. Les Suisses veulent réformer leurs lois : il connaît le Code Carolin : « j’ai fourré mon nez dans ces anciennes Législations, lorsque j’ai cru nécessaire de reformer les Loix des habitans des bords de la Baltique : ces Loix étoient des Loix de sang, ainsi qu’on nommoit celles de Dracon, et à mesure que les Peuples se sont civilisés, il faut adoucir leurs Loix ; Nous l’avons fait et nous nous en sommes bien trouvé. » Il pense qu’il vaut mieux « empêcher et prévenir les crimes que de les punir […] Depuis donc que nos Loix ont été modérées, nous n’avons année commune que 14 tout-au-plus 15 arrêts de mort. Je puis vous en repondre d’autant plus affirmativement, que personne ne peut être arrêté sans ma signature, ni personne justicié à moins que je n’aye ratifié la sentence »Il y a peu de meurtres, encore moins de vols ; la plupart des délinquants sont des filles qui ont tué leur enfant ; il a pris des mesures pour empêcher cela : « Il y a des maisons dans chaque Province, où elles peuvent accoucher, et où l’on se charge d’élever leurs enfants » ; il voudrait même abolir la honte qui les entoure. « Pour la question, nous l’avons entierement abolie ; il y a plus de 30 ans qu’on n’en fait plus usage » ; il y aura peut-être des exceptions pour les crimes de haute trahison. « Dans les matières civiles, il faut suivre la maxime qu’on sauve plutôt un coupable que de punir un innocent. Après tout, étant incertain de l’innocence d’un homme, ne vaut-il pas mieux le tenir arrêté que de l’exécuter ? […] Pardon de mon bavardage de Légiste, c’est vous qui m’avez mis sur cette matière, je ne l’aurois pas hazardé de moi-même. Ces sortes de ma
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FRÉDÉRIC II (1712-1786) Roi de Prusse. L.S. « Federic », Potsdam 11 octobre 1777, à Voltaire ; 2 pages in-4.
Très belle lettre, où, en despote éclairé, Frédéric expose à Voltaire ses idées sur la réforme des lois.
Il dit son admiration pour Marc-Aurèle, dont il envie l’expérience de gouvernement, et ne pense pas atteindre sa perfection. Les Suisses veulent réformer leurs lois : il connaît le Code Carolin : « j’ai fourré mon nez dans ces anciennes Législations, lorsque j’ai cru nécessaire de reformer les Loix des habitans des bords de la Baltique : ces Loix étoient des Loix de sang, ainsi qu’on nommoit celles de Dracon, et à mesure que les Peuples se sont civilisés, il faut adoucir leurs Loix ; Nous l’avons fait et nous nous en sommes bien trouvé. » Il pense qu’il vaut mieux « empêcher et prévenir les crimes que de les punir […] Depuis donc que nos Loix ont été modérées, nous n’avons année commune que 14 tout-au-plus 15 arrêts de mort. Je puis vous en repondre d’autant plus affirmativement, que personne ne peut être arrêté sans ma signature, ni personne justicié à moins que je n’aye ratifié la sentence »Il y a peu de meurtres, encore moins de vols ; la plupart des délinquants sont des filles qui ont tué leur enfant ; il a pris des mesures pour empêcher cela : « Il y a des maisons dans chaque Province, où elles peuvent accoucher, et où l’on se charge d’élever leurs enfants » ; il voudrait même abolir la honte qui les entoure. « Pour la question, nous l’avons entierement abolie ; il y a plus de 30 ans qu’on n’en fait plus usage » ; il y aura peut-être des exceptions pour les crimes de haute trahison. « Dans les matières civiles, il faut suivre la maxime qu’on sauve plutôt un coupable que de punir un innocent. Après tout, étant incertain de l’innocence d’un homme, ne vaut-il pas mieux le tenir arrêté que de l’exécuter ? […] Pardon de mon bavardage de Légiste, c’est vous qui m’avez mis sur cette matière, je ne l’aurois pas hazardé de moi-même. Ces sortes de ma
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jeudi 6 février 2020・14:00 (Europe/Paris)
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