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Henri MATISSE. L.A.S., Vence 3 février 1944,…

Lot 373
1 800 - 2 000 €
Résultats avec frais
Résultat: 4 375 €

Henri MATISSE. L.A.S., Vence 3 février 1944,…

Henri MATISSE. L.A.S., Vence 3 février 1944, à Henry de Montherlant ; 10 pages in-4 et 2 pages in-8.
Superbe et très longue lettre dans laquelle Matisse réconforte Montherlant qui souffre d’insomnie, et fait l’éloge de la sieste. Il raconte l’histoire de La Danse et La Musique refusés par Chtchoukine, et évoque la situation à Nice à la fin de la guerre. La lettre est écrite à l’encre bleue, et Matisse en a marqué ou souligné certains passages au crayon rouge.
« Du calme, cher ami, vous exagérez certainement […] Depuis un demi siècle je ne dors que 5 heures par nuit ; et j’ai travaillé presque tous les jours et beaucoup d’heures par jour – j’ai 75 ans cette année, et j’ai l’esprit encore assez vigoureux pour empoisonner la vie d’un éditeur et d’un imprimeur qui ont le sang plus lourd que le mien. – Je suis aussi exigent pour moi que lorsque j’avais 30 ou 40 ans, le dynamisme de mes œuvres n’a pas diminué, il a augmenté au contraire parce que ayant mis de l’ordre dans ma cervelle je ne fais plus 3 pas en avant et 2 en arrière. Il m’est arrivé après un très gros effort suivi d’une déception d’être un mois entier sans dormir. Après avoir travaillé 3 ans mes deux panneaux de Moscou, la Danse et la Musique, l’amateur [Sergeï Chtchoukine] les refusa craignant d’introduire dans son milieu une peinture aussi peu habituelle. Malgré qu’avant d’être retourné à Moscou, pendant le voyage de retour il m’eut envoyé une lettre de réparation très humble en revenant sur sa décision, le coup était porté – et en Espagne quelques jours après le sommeil me quittait – d’une façon absolue ». À Madrid, Cordoue, Séville, impossible de dormir : « je cultivais ma peur du sommeil. Le sommeil est revenu quand j’ai voulu admettre que l’insomnie n’avait pas tant d’importance – et surtout lorsque j’ai fait régulièrement tous les jours une sieste d’une bonne heure après le déjeuner […] plus on dort, plus on peut dormir. Les nerfs sont plus calmes ». Il raconte les consultations qu’il avait prises auprès de deux grands chirurgiens, le Dr Desjardins Thierry de Martel, et expose la théorie qu’il a élaborée au fil des années à propos du sommeil et des bienfaits de la sieste… « Je sais qu’il parait impossible pour un homme traqué par l’insomnie de s’installer pour faire la sieste. Il est alors nécessaire de décomposer : 1° On peut toujours s’allonger après le déjeuner, pour une heure, en lisant. Il faut prendre cette habitude. 2° On peut très naturellement interrompre sa lecture pour rêver. Quelquefois le corps se détend et une somnolence d’un instant arrive »… On peut ainsi dormir un court instant, et cinq minutes même suffisent pour certains. « Mais il est nécessaire surtout de se dominer, de choisir entre sa volonté et tout le reste ». La nervosité n’est pas corollaire de l’énergie, au contraire : « L’excitation avant le travail est une vieille blague romantique ; j’ai plutôt besoin de calmant avant de commencer un tableau, pour dominer mon émotion, mon trac – aussi mon calmant habituel est de tempérer ma fièvre d’action en quittant mon chevalet portant la toile encore blanche, pour aller et venir en fumant une cigarette avant d’attaquer. – Cœur chaud et tête froide – on n’a la tête froide que lorsqu’elle est reposée ». Matisse ne prend plus de somnifères depuis vingt ans… Depuis 4 ans, suite à une série de maladies, une infirmière vient l’aider à s’endormir, « elle me fait des frictions, des lectures » ; et il sieste quotidiennement. « Je crois qu’il faut surtout chercher un équilibre d’esprit. […] Vous avez un grand talent et du sang. Vous avez assez de succès pour arriver vite à en être dégoûté et arriver à la grande indépendance ». Il lui conseille de se convertir à l’homéopathie, « la médecine des nerveux », qui s’est avérée très efficace pour lui, et lui recommande chaudement le Dr Borliachon, qui l’a plusieurs fois tiré d’affaire alors que la médecine traditionnelle n’avait rien pu faire… Mais il faut avant tout arrêter les somnifères, se désintoxiquer « de toutes les horreurs dont vous vous êtes bourré »… Il est certain d’avoir raison : « vous ne pouvez continuer à vivre ainsi ; […] vous pouvez faire un rétablissement solide, pensez à votre âge. Mais il faut du caractère, de la patience – savoir ce que vous voulez »…
Puis il en vient aux événements : « L’évacuation de Nice est décidée et partent ceux qui veulent. Elle est voulue par les occupants. Celle de Vence est moins certaine ». Il vit au jour le jour, s’étant assuré « du gite de repli. Malheureusement le département vient d’être interdit pour cause d’épuration. […] je ne veux plus m’en faire pour un avenir incertain, […] mais je laisse courir en travaillant de mon mieux sans savoir si le temps me laissera finir ce travail qui calme la grande curiosité que je n’ai pas perdu et qui me fait vivre »…
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