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Marcel PROUST. L.A.S., Dimanche [21 et 25…

Lot 210
8 000 - 10 000 €

Marcel PROUST. L.A.S., Dimanche [21 et 25…

Marcel PROUST. L.A.S., Dimanche [21 et 25 février 1920], à Maurice Levaillant au Figaro ; 8 pages in-8, enveloppe.
Importante lettre inédite sur la suite de son œuvre, Sodome et Gomorrhe, l’homosexualité et la morale.
Il a fait téléphoner en vain « toutes les heures » au Figaro pour tenter de joindre son « cher Confrère » : « Le but du téléphonage était de vous demander de venir dîner avec Gide et Polignac. Je regrette cette “partie remise”, pour des raisons tout intéressées. La première était d’avoir enfin le plaisir de vous connaître ce que rend si difficile, non mes “manies”, mais un état de santé qui va s’aggravant ; la seconde de vous dissuader de consacrer une chronique plutôt qu’un “A travers les Revues” aux articles que je vais vous envoyer. La troisième était que plein de remords d’être la cause involontaire que vous ayez respiré l’atmosphère méphitique d’une basse correspondance, il me semblait qu’au contact de tel ou tel de mes amis vous seriez transporté à une altitude plus rapprochée de la vôtre, et de laquelle les médisances dont vous me parlez n’auraient même plus été perceptibles ».
Il a dû interrompre sa lettre, et la reprend après « quatre jours de trop grande souffrance physique […] Je dois vous dire (mais ceci, entre nous deux n’est-ce pas, je tiens absolument à ne pas avoir l’air de m’excuser d’avance, et je ne veux pas que le plus léger renseignement transpire sur les ouvrages à paraître) que vos correspondants se trompent en croyant que je suis dans Sodome et Gomorrhe l’apologiste de la “sodomie et du tribadisme”. À mon grand regret, car j’aurais voulu être impartial, peindre sans juger, je me trouve forcé par la logique de mes personnages, d’en sembler le détracteur. Encore une fois, ce n’était pas mon désir. Mais je vous expliquerai de vive voix comment, mené par les caractères décrits, j’ai donné une impression de fléchir, de fléchir progressivement et de plus en plus, qui me contrarie autant que de donner l’impression contraire. Je ne suis pas plus pour l’art moralisateur que pour l’art immoral (ce qui ne veut pas dire non plus, je suis un partisan de l’Art pour l’Art ; je suis si vous voulez partisan de l’Art seul moyen de réaliser la Vérité). Du reste soyons tranquilles : vos correspondants seront choqués tout de même, car si ma peinture est hélas tendancieuse (contre les modèles) elle n’en est pas moins d’une crudité qui suffira à choquer. […] Je pense que l’Académie Goncourt, la Nelle Revue Fçaise ont dû recevoir des torrents de lettres de ce genre mais comme ils ne m’en ont pas parlé, je n’ai pu demander de qui elles étaient. En tous cas je vous en prie pas d’allusions ni privée ni encore moins imprimée, à Sodome et Gomorrhe ».
Puis il évoque les fonctions de professeur de Levaillant : « je vous trouve injuste pour elles en disant “primum vivere”. Car il me semble que rien ne peut être plus intéressant, j’ai toujours rêvé autrefois d’être professeur. Mais si le “primum vivere” joue un rôle, pourquoi ne pas me permettre (sans en méconnaître pour cela le caractère très élevé et diminuer en quoi que ce soit ma reconnaissance) de rétribuer la publicité que vous me faites. Ce serait une joie pour moi de tendre la main à un confrère aussi sympathique. Et je ne vois ce qu’il y a là dedans de plus choquant pour vous, que d’être rétribué par le journal lui-même. Je vous le dis en toute simplicité. Comme quelqu’un qui ne connaît nullement les habitudes de la presse. Mais si je m’en rapporte à mon sentiment personnel et cordialement proposé comme je le fais, rien ne me semble plus naturel. Je suis un confrère, je ne dis pas un banquier ou un homme politique, il s’agit d’aider à l’appréciation plus juste d’une œuvre d’art. Je vous laisse juge »...
On joint 3 télégrammes de Proust à Levaillant : [20.II ? 1920], il ne peut le voir mercredi mais « je vous écrirai ce que je souhaite »… ; [25.II.1920], il lui fait déposer au Figaro des articles, dont celui de Rivière et le n° de Feuillets d’art ; [1.III.1920], le remerciant de son « bien joli » article [29 février, « Quelques revues. Lectures françaises »] : « je suis tout à fait de votre avis sur les romantiques et les classiques. Le romantisme vous a d’ailleurs fourni une passerelle charmante un rialto entre les deux parties si bien équilibrées »… Plus une lettre du Dr F. Vallon (Vincennes 8 février 1920) à Levaillant, lui reprochant de faire l’éloge « du futur auteur de Sodome et Gomorrhe », apologiste des « vices contre nature », et critiquant vivement les volumes déjà parus.
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