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Stéphanie Félicité Du Crest, comtesse de…

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Stéphanie Félicité Du Crest, comtesse de…

Stéphanie Félicité Du Crest, comtesse de GENLIS (1746-1830) femme de lettres, elle fut gouvernante des enfants du duc de Chartres. Recueil de 58 lettres (la plupart L.A.) et 2 manuscrits autographes signés, 1816-1830, à Juliette Récamier (quelques lettres à des tiers, à elle transmises) ; ; 133 pages formats divers, nombreuses adresses (une lettre incomplète, 3 l.a.s., 3 l.s., et 8 lettres dictées, un ms incomplet) ; le tout monté sur onglets dans un volume in-4 plein chagrin rouge, filets à froid sur les plats, dos orné de compartiments de filets à froid, titre en lettres dorées, petite dentelle dorée à l’intérieur (Ottmann-Duplanil).
Très belle réunion de documents retraçant l’amitié entre deux grandes dames de lettres, sous le signe de Madame de Staël et de Chateaubriand. [Après avoir été sous l’Empire plus ou moins l’ennemie de Mme de Staël et de Mme Récamier, qu’elle voyait comme des rivales, la comtesse de Genlis, au début de la Restauration, se prit pour Mme Récamier d’une amitié ardente, qui s’exprime avec chaleur et délicatesse dans ces lettres, et qui dura jusqu’à sa mort en 1830.]
Ce recueil a été composé par la nièce de Juliette Récamier, Amélie Lenormant : elle en a numéroté les lettres, de 1 à 49 (avec quelques bis, manquent les lettres 1 bis, 11 et 12, remplacées par des copies faites par Maurice Levaillant), et folioté à la suite le manuscrit de la nouvelle, en indiquant qu’il « manque quelques feuillets [11] » (paginé par Mme de Genlis de 1-72, il compte 28 feuillets retrouvés par Mme Lenormant, plus quelques béquets).
Le recueil s’ouvre sur une charmante Épître à ma vieille montre usée et n’allant plus (46 vers) :
« Durant un demi siècle attaché à mon sort
Tu fus ma compagne fidèle »…
Il se conclut par le manuscrit de Frédéric de Prusse et Léonie ou le Château de Copet, daté 5 février 1818, manuscrit de travail, avec ratures, corrections et béquets, de cette nouvelle qui sera publiée en 1831 sous le titre Athénaïs ou le château de Coppet en 1807 ; le manuscrit présente d’importantes variantes avec l’édition, et l’on peut penser que les 11 feuillets manquants ont été utilisés dans la version définitive. Mme de Genlis a voulu narrer les amours du Prince Auguste de Prusse et de Madame Récamier, qui se déroulèrent au château de Coppet, chez Mme de Staël, en 1807 : le Prince Auguste arracha une promesse de mariage à Juliette Récamier, promesse qui ne fut point tenue. On retrouve dans cette histoire les habitués de Coppet : August Schlegel, Mathieu de Montmorency, Benjamin Constant, Camille Jordan, Jean de Sismondi, Elzéar de Sabran, Mme de Krüdener, etc. L’héroïne se nomme ici « Léonie » (Athénaïs dans l’édition) ; aussi Mme de Genlis nomme-t-elle souvent « Léonie » Mme Récamier dans ses lettres.
Entre les deux manuscrits figure une correspondance cordiale, pressante, par moments passionnelle, qui parle beaucoup de l’œuvre de Mme de Genlis, de démarches de Mme Récamier en sa faveur auprès d’éditeurs et de la Cour, et bien entendu, de ses relations étroites avec la famille d’Orléans. Nous n’en pouvons donner ici qu’un rapide aperçu, en suivant l’ordre du recueil.
Vendredi matin. Le visage de Mme Récamier « dit tout. Il instruit de vos sentimens, il conte votre histoire […] Votre première visite peut former beaucoup plus qu’une liaison. Venés donc, puisque je suis boiteuse, et vieille et d’une sauvagerie désormais invincible »… 18 janvier 1817 : « cachés bien ce billet à ma rivale qui seroit bien en colère du titre que mon cœur indiscret vous donne »… – Prière de trouver des souscripteurs (la maréchale Moreau, Mme de Staël) pour des concerts de Garat. « Je vous aime, discrètement, mysterieusement, et passionnément »… – Elle s’interroge sur « ce confident de vos mystérieux amours », et sur ses chagrins : « Vous ne connoissés pas ma foiblesse pour les larmes. […] Si je ne vous avois pas aimé avant, cela eut été de ce moment… Pauvre petite ! Contés moi vos peines »… – « Mme de S. [Staël] est jalouse de moi, je suis jalouse de la rue du Colombier, comme je vous fais épier je sais que vous y allés sans cesse »… – Elle se réjouit du rétablissement de Mme de Staël, et indique un remède de Tronchin ; elle décrit sa chambre qui ressemble à « un piano à queue »… – Remèdes contre la mélancolie, dont une Histoire des poisons dont elle fait ses délices… – Jeudi soir [1818]. Envoi de pages de sa nouvelle de Léonie ; elle a pour elle un exemplaire de son Dictionnaire critique et raisonné des étiquettes de la Cour, et un pour M. de Balange [Ballanche] ; billets pour l’ouverture du cours de botanique… – Elle va partir pour la campagne à Romainville, et a arrangé à Neuilly « l’affaire de l’infortuné que vous et moi avions commencé à tirer de l’abyme. Mme la d. de Bourbon a été admirable dans cette occasion. […] Que sont donc devenues mes lettres au roi &c. Il est singulier qu’on ne me les ait pas rendues, qu’en veut-on faire ? »… Samedi soir : « Vous ne me répondés point, ma jolie nouvelle est toute finie, et même l’avertissement dont je suis sure que vous serés très contente »… Écouen 5 septembre 1817, sur l’achèvement de son Dictionnaire : « Il est curieux amusant et moral, mais comme vous aimerés Petrarque. Si je pensois que vous ne regarderiés pas cela comme une scène embarassante je vous aime assés pour vous le dédier, et je ne le dédierai à nulle autre »… [Samedi soir 1817]. Elle a presque terminé Inès, et demande le prêt des Lettres de Mme de Sévigné… Écouen 22 août 1817. Prière d’intervenir auprès d’un libraire lyonnais qui pourrait se charger d’un nouvel ouvrage. « Mais je vous demande le secret »… 25 août 1817 : « Ah ! Quel beau séjour que celui cy pour finir Laure et Pétrarque. Ma tête et mon cœur ont 15 ans ! Voilà mon dernier roman et certainement mon chef d’œuvre. Quel mélange d’entousiasme de gloire et d’amour ! De grandeur et de délicatesse ! Je me suis fait Pétrarque »… Jeudi soir. Le Dictionnaire s’imprime lentement, mais le second volume est presque copié…
14 mai 1817, à un comte, demandant son appui : elle est « une personne qui a consacré sa vie aux arts, à la littérature, à l’instruction de la jeunesse, et qui à toutes les époques a proffessé les mêmes principes. Une personne enfin qui a toujours été française et qui sous tous les regnes a tâché autant que ses talens le lui permettoient de faire valoir et regretter les grands rois de la race légitime. […] il me semble que le repos est un bien qui m’est du »… Vendredi [19 septembre 1817] : « Voilà ma copie presque finie, ayés donc la bonté de m’envoyer l’écrit de mon engagement pour que je le signe, et en même tems je remettrai le manuscrit »… – Au sujet de l’hôtel d’Angiviller à Versailles, appartenant au Roi, où elle voudrait obtenir un appartement. 14 mai 1817, à Louis XVIII, belle supplique au « petit fils de Louis 14 » pour obtenir un appartement à Versailles où elle finira ses jours, et pour son fils adoptif Casimir Baecker… Château de Villers, Creil 15 août 1818. Elle a retrouvé une amie de sa jeunesse, la duchesse de La Rochefoucauld, qui a redécouvert en elle un talent de harpe « très célèbre jadis et qui pouroit encore briller dans la société »… – Elle charge Mme Récamier de négocier son « livre de Souvenirs […] tâchés d’avoir 2000ff d’Aimery en lui remontrant qu’il est comme tout neuf, et que le moment y donne le plus grand intérêt, que d’ailleurs il est d’une très grande utilité pour l’éducation »… Il faut aussi dire à l’éditeur qu’elle achève « un important roman », Les Parvenus ou les aventures de Julie, et vanter le succès du Dictionnaire… 19 [août] 1818. Elle est tourmentée d’apprendre que le livre de Souvenirs est en vente chez un libraire d’Aix-la-Chapelle, et pourtant « nous sommes bien convenues qu’il ne seroit vendu qu’à un particulier, comme manuscrit d’une bibliothèque particulière »… Dimanche [Creil juillet 1818], sur la duchesse de La Rochefoucauld : « C’est une chose à voir que les admirables établissemens, hopitaux, manufacture &c fondés par son mari à Liancour à 2 lieues d’ici. Il est adoré dans cette contrée, et le mérite »… Place Royale mardi soir [1823]. Le plan des Prisonniers est fait, et Les Veillées de la chaumière paraîtront dans douze jours : « je suis contente de l’ouvrage qui sera certainement très utile ; il y a entre autres deux contes qui auront surement beaucoup de succès La Cuisinière romanesque exaltée par les mélodrames et Le Petit Savoyard »… Paris 5 octobre 1818. « M. le D. d’[Orléans] eut acheté surement le livre de Souvenirs à tout prix s’il eut été en vente, mais non autrement. Vendés le donc si vous pouvés pour une bibliothèque particulière et dans ce cas vous en garderiés en entier l’argent en à-compte. Si vous vous donnés la peine de le faire un peu valoir vous en viendrés à bout »… – « Ne voyés point Emery c’est un arabe qui n’a jamais d’argent. […] Je suis dans la plus mortelle agitation. Dans mon 1er mouvement j’ai eu l’imprudence d’écrire et de promettre formellement. Ah ! je ne me mettrai jamais dans une telle situation ! – Il n’y a rien à faire avec les libraires riches »… – « Voilà donc mon cher Pétrarque pris ! J’aurois mieux aimé qu’il me fut resté ! C’étoit une belle chose à laisser par testament, et un beau sacrifice d’amour propre ! »… Elle laisse Juliette maîtresse des conditions, mais précise : « Que l’on songe ce que c’est qu’un roman historique de moi » ; Mademoiselle de Lafayette fut enlevée en 8 heures, Jeanne de France (4000 ex.) en deux mois… Dimanche. Puisque Mme Récamier veut se mettre « à la tête de mes affaires », elle lui présente son Dictionnaire des étiquettes de la Cour pour mieux le placer chez un éditeur autre que Maradan. Il se lira « de suite comme le dict. philosophique de Voltaire, n’étant point sur deux colonnes. C’est continuellement un tableau comparatif des usages et des mœurs de l’ancien régime et du regne de Napoleon. Comme il demandoit une grande connoissance de l’ancienne cour et de l’ancien monde, je pouvois seule le faire, parmi les gens qui peuvent écrire avec quelque agrément […]. Je vous donne ma parole d’honneur qu’il n’y a pas un seul mot direct ou indirect contre Mme de Stael, ni contre aucun auteur vivant »… Son dictionnaire est « aussi purement écrit que celui de Voltaire l’est platement […], et qu’il est amusant, curieux et moral »… – Sur ses projets éditoriaux, et ses conditions : un Almanach des devises de fleurs, et de nouvelles éditions de Bélisaire et des Leçons d’une gouvernante (ouvrage « fait pour l’éducation de M. le duc d’Orleans de Melle d’Orléans et de ses freres »)… – « Vous m’aviés promis le dessin du chateau il faut absolument que je le voye. – Je ne vous consulterai plus que sur une seule chose sur cette nouvelle, mais qui ne vous regarde pas, c’est sur le portrait de M. de Montmorency. – Je voudrois bien voir promptement le Val de loup pour l’insérer dans mes petits Voyages d’Eugène, que j’ai réuni, corrigé et fort augmenté. J’ai livré toute la fin du Dictionnaire […]. Vous m’aviés offert le payement en entier […], si en effet il étoit possible de donner les 2 mille francs qui restent dus, tout de suite cela me feroit plaisir »…
[1823, à Chateaubriand] : longue lettre (la fin manque) sur l’évolution de la politique, « sanctifiée » par « l’excès du désordre » et transformée en une « noble science des esprits étendus et des grandes âmes ». Elle encourage le ministre à « purifier cette nation » par « de grandes actions inattendues, dignes d’exciter l’entousiasme. Il faut gagner le peuple, les artisans et les artistes, les gens de lettres, les savans » : elle propose des bains publics gratuits sur la Seine, un palais de « nouvelles inventions » et des sciences naturelles, une Encyclopédie villageoise publiée au bénéfice d’un hôpital et de gens de lettres démunis, qui serait le « contrepoison » du Voltaire des chaumières, et qui contiendrait des articles sur des principes et pratiques religieux, les métiers et produits des campagnes. Elle dénonce l’Histoire philosophique et politique de Raynal, dont elle a préparé une édition « épurée »… Suit une énumération de ses publications récentes et prochaines, dont Les Prisonniers, « que je dédie à Mme Récamier qui m’en a donné l’idée »… [1823]. « Les affaires vont à merveille ! Je vous conjure, à genoux, de vous réveiller, et de réveiller pour l’encyclopédie ; l’amour de la vraie gloire, la religion, la conscience […] tout parle en faveur de ce projet, digne d’être éxécuté par le ministre actuel » ; elle a préparé des projets de lettres aux souverains, et des prospectus… 23 décembre [1825], pour faire nommer son libraire Ladvocat à la commission qui préparera le projet de loi sur la propriété littéraire… 29 octobre 1821, en faveur d’une « infortunée » : « Tâchés d’engager M. de Chateaubriand à obtenir un secours de Madame ou de M. la D. de Berri. J’agirai de mon côté auprès de Melle d’Orléans et de Mme la D. de Bourbon »… 1er septembre 1823. Ses Prisonniers lui paraissent bêtes, désormais, « car mon ambition pour eux est fort augmentée, et ma présomption est très abbatue ! à 77 ans, sept mois et sept jours, après avoir écrit plus de cent volumes, vous demander de vous dédier un ouvrage, voilà une confiance qui ressemble beaucoup au radotage. […] il est vrai que j’ai encore beaucoup d’idées dans la tête, je voudrois les donner toutes et n’en point emporter ; je suis comme les gens qui débalent à la hâte au risque de tout gâter. Vous m’avés défendu toute cérémonie, vous voyés où cela conduit ! »… 15 février 1826. « Vous m’avez donné l’espoir que monsieur Chateaubriand viendroit aussi je l’étonnerai sur notre encyclopédie […] je serai si heureuse de le revoir face à face. Vous savez comme je vous aime protégez notre encyclopédie cela est digne de vous »… 21 juillet 1829, reproches à Chateaubriand qui avait promis d’aller la voir avec sa femme, et de lui « envoyer une multitude de chapelets de Rome »… Etc.
Ex libris Henri Lavedan, Bibliothèque du château de Loubressac.
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