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Émile DESCHAMPS (1791-1871). 6 L.A.S. (dont…

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Émile DESCHAMPS (1791-1871). 6 L.A.S. (dont…

Émile DESCHAMPS (1791-1871). 6 L.A.S. (dont un poème), Versailles juillet-septembre 1857, à Charles Baudelaire ; 23 pages la plupart in-8.
Très bel ensemble sur le soutien d’un des poètes fondateurs du Romantisme français à l’auteur des Fleurs du Mal lors de son procès.
14 juillet. Son « exquise traduction des contes fantastiques de l’Hoffmann américain » [Edgar Poe] a charmé sa convalescence, et voilà qu’il reçoit ces Fleurs du Mal : « Je viens d’aspirer tous leurs poisons enivrants, tous leurs parfums terribles. Vous seul pouviez faire cette poésie, dont l’explication est dans l’épigraphe d’Agrippa d’Aubigné, pour le fond des choses ; dont le secret, pour la forme savante et ciselée est dans la dédicace au parfait magicien ès langue française, notre grand et cher Théophile Gautier ! Pour ne m’en tenir qu’à ce qui concerne l’art – le poëte restant le maître de ses idées, comme a dit magistralement V. Hugo – je ne puis me taire sur les prodiges de poésie et de versification »… Et de nommer Don Juan aux enfers, les Spleen, Les Femmes damnées, Les Métamorphoses du vampire, Litanies de Satan, Le Vin de l’assassin, Confession…, « poésies sans modèle et sans imitateurs pour longtemps. Votre verve, votre coloris, votre harmonie à part ont pu seuls en venir à bout ; et que de secrets de forme comme de cœur s’en échappent ! Que de vers trempés d’une vigueur étonnante ou d’un enchantement inaccoutumé, que de tours ellyptiques et nouveaux, que de rythmes dociles et fiers ! »… [La copie de cette belle lettre avait été jointe par Baudelaire au dossier constitué pour sa défense lors du procès des Fleurs du Mal.]
20 août [le jour même du procès]. Il reçoit les Articles justificatifs et il se dépêche de lui envoyer « quelques pauvres vers », en témoignage d’une « sympathie reconnaissante et une admiration vraie », en brouillon : « Vous pardonnerez aux ratures de la plume comme aux fautes de l’écrivain ». L’article d’Édouard Thierry dans le Moniteur est un « chef-d’œuvre de pensée et de forme. […] Ceux de MM. Dulamon et d’Aurevilly sont dignes de leurs auteurs et de vous, c’est beaucoup dire, et j’admire comment ces trois esprits si distingués, si éminents et si divers se sont réunis sur votre terrain avec une fraternité de sentiment si frappante. Quant à l’article de M. Asselineau, il est développé de main de maître, philosophiquement et poëtiquement. […] Soyez fier de tous ces glorieux témoignages, cher poëte »… Il attend le verdict : « personne n’attend avec plus d’espérance et d’impatience que moi, l’issue favorable de tout ceci »…
20 août. Poème de 78 vers, daté en tête « Versailles 20 août 1857 » :
« Quoi ! Ce livre effrayant de Charles Baudelaire
Susciterait des lois l’équitable colère ?
Non, non. – Dans le Réel il a pris son sujet.
En brisant le miroir détruirait-on l’objet ?
La peinture, après tout, n’est point l’apologie. […]
Mais un livre qui met sur son front : Fleurs du mal,
Ne dit-il pas d’abord tout ce qu’il porte au ventre ? »…
Ce manuscrit, signé en fin, avec plusieurs ratures et corrections, est celui même envoyé le 20 août. Il présente des variantes avec le texte publié dans Le Présent du 1er septembre, repris dans l’Appendice de l’édition posthume des Fleurs du Mal (1868), puis dans les Œuvres complètes de Deschamps (Lemerre, t. II, 1873, p. 126).
21 août. Il envoie une copie corrigée de ses vers (ce nouveau manuscrit est conservé à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet), priant de brûler le brouillon. Il a appris par le journal « le jugement du Tribunal. Les Considérants sont très doux – mais comptez-vous appeler en Cour impériale ? Veuillez me dire vos projets – je suis si préoccupé de vous ! » il a partagé son admiration pour Baudelaire avec son ami Gaston de Saint-Valry…
27 août. Il accepte de voir ses vers dans la revue Le Présent : « il m’agrée beaucoup que le public soit mis dans la confidence de ma sympathie pour le poëte »... Il en envoie une nouvelle copie corrigée : « J’ai ajouté pour sous-titre : à quelques censeurs. – Le jugement étant intervenu depuis que j’ai écrit cette pièce, la chose jugée doit être respectée par l’auteur comme par l’imprimeur. De là quelques légères variantes […] il faudra conserver la date de Versailles, 18 août 1857 au bas de la pièce »… Il revient sur le « bonheur littéraire » de sa traduction d’Edgar Poe, et sur sa notice d’un « grand style ». Il lui offre son Macbeth et son Roméo « déjà bien anciennement imprimés, l’Odéon va monter l’un et reprendre l’autre »… Il ajoute en post-scriptum des félicitations à Philoxène Boyer à l’occasion de son mariage, et son projet d’une visite à Théodore de Banville…
2 septembre. Il est « tout confus » de la présentation de ses vers dans Le Présent. « Je suis plus à l’aise pour vous parler de l’Essence du rire. C’est l’étude charmante et profonde d’un philosophe, d’un poëte et d’un esprit si lumineux ! – Vous avez défriché là un champ tout neuf, et une moisson d’or en a jailli. Tout à coup rien de plus solidement et de plus ingénieusement pensé, rien de plus savamment, de plus pittoresquement exprimé, et quel art il vous a fallu pour rendre sensibles et compréhensibles au lecteur, des nuances si délicates, des idées si nouvelles et si enveloppées d’ombres presque mystiques »…
Anciennes collections Poulet-Malassis, puis Joseph Pierre.
Lettres à Baudelaire (éd. Claude et Vincenette Pichois, La Baconnière, 1973, p. 123-134).
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