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Jean ANOUILH. Manuscrit autographe, Les Mystères…

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Jean ANOUILH. Manuscrit autographe, Les Mystères…

Jean ANOUILH. Manuscrit autographe, Les Mystères du théâtre, [vers 1947-1948] ; 48 pages in-4 avec ratures et corrections, écrites au seul recto (petits défauts aux premier et dernier feuillets).
Manuscrit complet d’une conférence sur le théâtre, la première donnée par Anouilh, devant un auditoire suisse, et qui semble inédite.
« Vous écoutez ici une humble conférence […] il y a dans le théâtre, dans cet usage abusif de la personne humaine que Dieu n’avait probablement pas prévu, une très grave et très mystérieuse invention des hommes »… Renonçant à parler des comédiens, ces « étranges animaux » dont il évoque seulement l’évolution sociale, il retrace l’histoire du théâtre, né d’une cérémonie religieuse, « d’une prière » : « au début le théâtre a été le verbe presque exclusivement. La puissance incantatoire du verbe. Puis par la suite, il a été le drame, de drama, l’action […] Le verbe c’est le poème c’est le chœur avant Thespis ; l’action seule c’est la pantomime, c’est la danse de vierge de Délos mimant la visite du dieu. Le théâtre est la synthèse mystérieuse de ces deux éléments en apparence contradictoires. Entre ces deux bornes est un royaume secret […]. Si le théâtre veut franchir d’un côté ou de l’autre la frontière mystérieuse, s’il ne veut plus être que verbe ou qu’action, un sort mystérieux le frappe d’être hors de son vrai royaume il se déssèche s’étiole et meurt – comme une plante sans son tuf, un homme sans sa patrie »… Il parle, bien entendu, des frontières du « grand théâtre » : celui des Grecs, des Élisabéthains et des classiques français, maîtres ayant en commun la vérité des sentiments, le secret du style, le secret de l’action. Quant au style, le théâtre « a été écrit. Le grand théâtre peut se lire. Il y a des points des virgules, des périodes. Jamais aucun de ces grands auteurs n’est tombé dans le travers contemporain, dans cet abîme de facilité où est tombé ce théâtre au 19e siècle, pour essayer de faire plus vrai ». Il parle du « pouvoir incantatoire » qui distingue la phrase de théâtre de la simple phrase écrite, de la phrase rythmée ou rimée sans rapport avec le langage articulé courant, du miracle de telle scène entre Hamlet et Polonius, où ce n’est plus le langage d’homme issu de la sincérité, mais « l’artifice qui était vrai »… Pour l’action, le problème est le même… Parlant de son lent apprentissage de ces mystères, Anouilh assure : « le théâtre est une science très étrange, où il n’y a ni professeurs, ni maîtres – ils sont tous morts ou bien incapables s’ils vivent encore d’expliquer leur secret. Il faut avancer et redécouvrir tout, tout seul, avec seulement son instinct et des exemples »… Ayant élaboré son opposition au naturalisme (« ce que vous appelez la nature est déjà une convention »), il analyse Le Gendre de M. Poirier d’Augier, parle de la convention du jeu illustrée par Racine, Molière et Shakespeare, et enfin, de quelques mystères de l’exécution de ses propres pièces : Antigone, qui prit soudain vie à la répétition, provoquant « le silence sacré du théâtre ce silence qui se multiplie quand la salle est pleine il faut mille personnes qui se taisent pour faire ce vrai silence, plus épais que le vrai silence, ce silence mystérieux du théâtre on n’entendrait pas voler une mouche » ; L’Invitation au château, également éclairée par un incident lors des répétitions ; La Sauvage, dans sa reprise de 1945… Il parle aussi de la question de coupures dans le texte, et termine par « un petit mystère plaisant », une anecdote sur la création de sa première pièce, L’Hermine (1932), lorsque Paulette Pax eut un trou de mémoire face à Pierre Fresnay, et l’auteur dut suppléer au souffleur, « évanoui dans l’escalier son manuscrit à la main ». Mais Pax n’entendit pas le texte soufflé, et fixant Fresnay, dit : « Je sais bien mon petit ami que vous m’allez m’assassiner au 3e acte. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas sauver la situation ! – Je vous jure que c’est textuel »… Fresnay « raccrocha » à la fin de la scène, et l’acte eut beaucoup de succès, quelques initiés seulement perçurent le petit flottement. L’interprète directrice lui dit ensuite : « Anouilh le théâtre est une chose inouïe ! […] – Je lui répondis : oui madame. Je ferai un jour une conférence là-dessus »…
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