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Jean ANOUILH. Carnet autographe, 1938-[1939] ;…

Lot 12
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Jean ANOUILH. Carnet autographe, 1938-[1939] ;…

Jean ANOUILH. Carnet autographe, 1938-[1939] ; carnet in-12 de 70 pages (le reste vierge, couv. cart., dos toile bleue.
Précieux carnet, véritable journal intime, auquel Anouilh confie ses « hontes », des réflexions sur l’érotisme et la prostitution, ses difficultés avec sa compagne Monelle Valentin et leur fille Catherine, la guerre, et son théâtre. Le premier feuillet porte la date de « 1938 » ; près de la fin est inscrite celle du « 13 juillet » (1939). Nous ne pouvons en donner ici qu’un aperçu.
« Ce carnet je l’ai acheté un soir où il pleuvait où je me traînais les pieds. Tristement – avec ces regards sur les femmes de pauvre clochard inacceptable qui me font honte… Je l’ai acheté pour écrire mes hontes. Minutieusement en tout petits caractères et en allant bien à la ligne – toutes mes hontes. Les hontes de cette pauvre bataille que je me livre depuis tant d’années et dont je ne suis pas sûr encore de sortir vainqueur. C’est presque toujours de la honte que sont nées nos meilleures choses – mais en attendant j’ai mal, mal. Et Monelle a mal et nous en mourrons et je me tuerai sans doute un jour – ou bien elle »…
Il évoque quatre jours entre le Havre et les hôtels de Saint-Lazare, ayant l’air d’un fou, et finissant à Montmartre entre collégiens et soldats, « à regarder les cartes obscènes dans un appareil », et à éprouver du dégoût et de la tendresse pour les pauvres petits… « Une suceuse… Une bonne petite suceuse. Ce mot de Céline me hante. C’est vrai que les Françaises ont l’air de suceuses. Et soudain voilà que je ne vois plus les femmes que par la bouche. […] C’est ce côté soumise – servante – de la putain qui me la rend si attachante. – Je pense aux petites figurantes – à la fille que j’ai connu à 13 ans en 1924 et qui essaie de s’accrocher espérant – qu’en échange de quelque chose – je lui procurerai une figuration. Ah ce côté échange ce côté monnaie du corps de la femme quelle joie ! (Vas-y vieux moraliste !) Quelle âpre et puissante joie, partant la seule qui me donne des couilles et la force de tout vaincre. […] Ce qui serait drôle c’est que la chasteté obligatoire par fidélité ait fait de moi un vicieux – ou un maniaque »…
La montée de la guerre l’inquiète, avec « le père Hitler et le père Mussolini »… Écho d’une conversation avec Vitrac : « La vie est à base d’érotisme : je sors je regarde immédiatement dans la rue la 1re femme qui passe et je vais de femme en femme »… De nombreuses réflexions sur l’érotisme et la femme, et ses doutes sur lui-même et sur l’homme, si facile à démolir : « on tue d’abord les couilles et puis on s’aperçoit que son courage son génie ne vivaient que de ces couilles »… Il relit ces pages avec effroi : « C’est effrayant ce qui est sorti de cette simple solitude de 3 jours. Que deviendrais-je seul »…
Il s’inquiète pour Monelle : « je ne pourrais pas vivre avec en moi l’image de Monelle dupée. […] Elle m’aime elle devrait savoir que je meurs »… Scène émue à Erquy avec sa fille Catherine : « C’est drôle que tout ce qui est notre humanité – notre noblesse humaine soit honte ou faiblesse. Catherine tout à l’heure tremblait de peur devant la mer, son petit menton clapotait – elle voulait avoir l’air de rester et quand je l’ai prise contre moi son œil était étonné presque et elle essayait de sourire quand même comme une grande – et c’est la première fois que j’ai senti quelque chose comme de l’amour pour elle »…
Il cache ce carnet que Monelle découvrira peut-être un jour : « mon petit moine j’ai l’impression que lorsque je serai mort et que tu trouveras ce carnet dans mes papiers et que tu le liras derrière ta première petite peine – naîtra une pitié pour moi et une nouvelle amitié au fond de ton cœur. […] Tiens petit moine sur ce petit livre que tu ne verras peut-être jamais et où il y a tant de choses contre toi je veux écrire ce que je viens de penser : […] je pense qu’on l’a prédit que tu mourrais noyée et je pense que je veux être sur le même bateau que toi – et je pense soudain qu’au moment de sombrer je te prendrai dans mes bras je te regarderai et je t’embrasserai en te disant moine je t’aime et je t’ai aimé et je suis plus fort que la mort en te regardant. Et ça aussi c’est vrai – comme le reste de ce pauvre petit carnet »…
On a songé à le faire venir à Hollywood pour tourner Y’avait un prisonnier, mais c’est un rêve… « Je pense à L’Hermine que je vais tâcher de faire reprendre et au mot de Stendhal où il dit il faut faire une belle noirceur une seule qui vous assure votre place et après être propre. Il vaut beaucoup mieux tuer une bonne fois la duchesse que passer sa vie – poussé par la médiocrité – à une petite bassesse par jour. Acheter sa pureté et le monde est ainsi fait qu’elle s’achète […]. En temps de guerre acheter d’abord sa vie coûte que coûte »… D’autres réflexions sur la guerre « On en arrive presque à souhaiter la guerre qui donnerait l’occasion de se servir d’une manière plus fruste de ses qualités d’homme. – En cas de guerre en cas de rupture, de mort il doit falloir savoir “entrer dans le drame”. Et on doit entrer dans le drame, comme on entre dans tout autre chose. Après tout doit se simplifier et prendre, à l’intérieur d’une certaine horreur – des proportions humainement supportables »…
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