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Lot 418
7 000 - 8 000 €
Résultats avec frais
Résultat: 8 750 €

Jacques LACAN

Jacques LACAN. Manuscrit autographe, [Un homme et une femme et la psychanalyse, 1971] ; 33 pages petit in-fol. avec de nombreuses ratures et corrections.
Important manuscrit primitif d’une leçon recueillie dans Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, chap. ix, sous le titre « Un homme et une femme et la psychanalyse » (9 juin 1971). Dépourvu des deux brefs paragraphes d’introduction que l’on lit dans Le Séminaire, aussi bien que des trois derniers, ce manuscrit comporte à la fin plus de six pages qui ne figurent pas dans l’édition du Séminaire. Jusque-là, malgré ses très nombreuses ratures et ses variantes, et malgré quelques lacunes par rapport à la version publiée (notamment l’explication des formules représentant la femme et l’homme, et la figure de la bouteille de Klein), le texte du manuscrit est proche de la version finale. Des traits de feutre indiquent des interlignes ou des blancs pour l’édition.
« Un homme et une femme peuvent s’entendre, je ne dis pas non. Ils peuvent, comme tels, s’entendre crier. Ce qui arrive dans le cas où ils ne réussissent pas à s’entendre autrement. Autrement, c’est-à-dire sur une affaire qui est le gage de leur entente. Ces affaires ne manquent pas… (Où est comprise à l’occasion, c’est la meilleure. L’entente au lit.) Ces affaires ne manquent pas, certes donc, mais c’est en cela qu’elles manquent quelque chose : à savoir de s’entendre comme homme, comme femme, ce qui voudrait dire : sexuellement. L’homme et la femme ne s’entendraient-ils ainsi qu’à se taire ? Il n’en est pas même question. Car l’homme, la femme n’ont aucun besoin de parler pour être pris dans un discours. Comme tels, ils sont des faits de discours »… Lacan parle ensuite de la valeur du nom, rappelle son titre de Die Bedeutung des Phallus – un pléonasme en lui-même, car il « n’y a pas dans le langage d’autre Bedeutung que le phallus » – puis passe à l’écrit qui, à la différence du langage, « donne os à toutes les jouissances qui, de par le discours, s’avèrent s’ouvrir à l’être parlant »… Faisant allusion au structuralisme, à l’existentialisme, et à sa propre Chose freudienne, Lacan expose que l’inconscient est structuré comme un langage : « La chose dont il s’agit, ce n’est pas sa compétence de linguiste, et pour cause, qui à Freud en a tracé les voies. Ce que je rappelle par contre c’est que ces voies, il n’a pu les suivre qu’à y faire preuve et jusqu’à l’acrobatie de performances de langage que seule la linguistique situe dans une structure, en tant qu’elle attache à une compétence remarquable de ne jamais se dérober à son enquête »… Lacan parle encore de l’hystérie, du Ménon, de « l’Œdipe sophocléen », et des mythologies de Lévi-Strauss, puis de l’Œdipe de Totem et Tabou, de la jouissance et de la castration…
Citons quelques extraits des dernières pages, non retenues dans le chapitre que l’on connaît : « L’homme on le sait d’expérience, n’a pas le privilège de la névrose obsessionnelle, mais il a une préférence pour cette façon de témoigner de l’inaptitude au rapport sexuel qui n’est pas le lot de son sexe. Ce témoignage n’a pas moindre valeur que le témoignage de l’hystérique. Il a pourtant moins d’avenir, non pas seulement d’avoir un passé très chargé, mais de ne trouver place dans aucun discours qui tienne. Cela étonne toujours plus à mesure qu’on essaie d’en dépêtrer le discours analytique. […] La métaphore paternelle, comme je l’ai dénommée depuis longtemps, couvre le phallus, c’est-à-dire la jouissance en tant qu’elle est du semblant. C’est bien en cela qu’elle est vouée à l’échec. Il n’y a pas de père symbolique […]. Il n’y qu’un père imaginaire, le père dit idéal, pour constituer l’agent de la privation »… Ayant écarté la notion de « père législateur », il parle de la castration par « l’opération du Père réel », de la logique de la parole dont sortent les prophètes « et autres espèces de profs », et de l’énonciation du Surmoi dans l’Ecclésiaste, énonciation qui « se dit en français “Jouis” en quoi cette langue montre son bonheur. […] Voilà ce qui fait entendre comment Freud à la fois a pu percevoir la structure qui confond la névrose obsessionnelle à ce qui s’appelle religion (mais seulement dans notre aire) et lui-même avoir recouru à l’ordre qui se déduit du père, tant s’imposait à lui que rien du sexe ne pût se soutenir que de son maintien. Or cet ordre ne se soutient que de son impossibilité dont la passion historique des Juifs est l’exemple. Ce que la clinique montre pourtant à Freud, c’est la filière de la dette où l’homme s’instaure de ne pouvoir satisfaire à la fonction de phallus. Évoquerai-je l’homme aux rats allant ouvrir la porte (geste réel) à la figure mentale de son père mort pour lui montrer son érection ? »... En conclusion, Lacan revient à la passion de Goethe pour Frederika Brion [déjà évoquée dans sa conférence sur Le Mythe individuel du névrosé, ou Poésie et vérité dans la névrose au Collège philosophique de Jean Wahl en 1953, quand Goethe recule « devant la castration déjà à lui fortuitement signifiée par Lucinde, mais qui aussi bien se produit sous toutes les formes de déguisement, y compris celle d’un pâtissier ; il essaie de passer en contrebande les fourches de l’hystérique au titre simple d’hommoinzin. Goethe est le plus bel exemple de ce qui confine, dans les mêmes limites que l’obsessionnel, n’importe quel homme pas obsessionnel du tout – pas de papa dans son cas, une bonne tradition française qui suffisait pour le porter –, c’est l’hystérie en tant ce qu’elle est discours fécond dans le monde. […] L’impossible, ai-je énoncé, c’est le réel. Mais l’impossible ne s’atteint que de l’opération logique. C’est de la mise en forme logique de l’impossibilité d’écrire le rapport sexuel, que le réel peut se définir qui la supporte à la jouissance même qu’il exclut »…
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